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La famille royale, tourbillon théâtral de Thierry Jolivet et sa Compagnie La Meute

Cauchemar en famille

La famille royale, tourbillon théâtral de Thierry Jolivet et sa Compagnie La Meute - Zibeline

William T. Vollmann se lançait dans le siècle en publiant, chez Actes Sud, l’un de ses écrits les plus tonitruants. En 2000 sortaient les 1000 pages gargantuesques, sadiennes, effrayantes et fascinantes de La famille royale, incursion infernale et biblique dans l’underground de San Francisco, hanté par les prostituées et le crack, les pédophiles, les indics, les mac, les clients aussi fauchés et défoncés que les filles, les fœtus abandonnés, doublée d’une fresque au cynisme désenchanté au pays du capitalisme, ses cocktails, ses lignes de coke, sa loi de l’offre et de la demande, ses costumes Hugo Boss et ses sacs Prada. Deux gourous naviguent sur ses eaux poisseuses. Dans les bas-fonds, c’est Maj (pour Majesté), la « Reine des putes », qui règne sur les trottoirs, terrible et salvatrice, sans passé, pleine d’une compassion christique. Dans les lofts et les bureaux, John Brady prophétise un avenir plus noir encore : la vanité de l’existence, l’avilissement, l’obsolescence de tout et tous. Et pour siphonner toujours plus le suc, dépenser plus, gagner plus, il projette d’ouvrir un bordel virtuel, où les naufragés des open spaces pourraient assouvir leur fantasmes les plus terribles.

Pour cela il va falloir trouver Maj et sa famille déglinguée.

Thierry Jolivet et sa Cie La Meute nous entraîne dans le tourbillon. Les 9 comédiens et les 3 musiciens du groupe lyonnais Mémorial* occupent un plateau survolté, où les mots s’entrechoquent dans une orgie du verbe, les corps se livrent et se volent, les histoires se croisent, les sons déchirent les dialogues. La scénographie marque les deux mondes, le clinquant et le sombre, avec des éléments qui sans cesse tournent pour signifier qu’on est ici ou là. Au fond, chant, guitare et batterie soulignent le trait. L’esthétique est réaliste, le découpage dramaturgique évoque un récit de BD, on passe d’une case à l’autre, l’espace s’élargit pleine page ou se multiplie dans des cadres simultanés. La langue sulfureuse de Vollmann dégouline et étourdit, masturbation lexicale. L’Ancien testament surplombe cet ensemble apocalyptique. L’expérience théâtrale n’en est pas pour autant sublimée.

ANNA ZISMAN
Mars 2018

La famille royale a été joué au Théâtre de Nîmes les 6 et 7 mars

Photo : © Simon Gosselin


Théâtre Bernadette Lafont
1 Place de la Calade
30000 Nîmes
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