Prendre Lily, premier roman d'un dyptique de Marie Neuser, aux éditions Fleuve noir

Catharsis ?Lu par Zibeline

Prendre Lily, premier roman d'un dyptique de Marie Neuser, aux éditions Fleuve noir - Zibeline

« Ce qui m’intéresse, ce sont les méandres les plus nauséabonds de l’humain. » Voici ce que déclarait il y a peu Marie Neuser, venue présenter son dernier opus, Prendre Lily, à la librairie Maupetit. A la voir, on a du mal à le croire. Avec ses longs cheveux et sa frange de jeune fille, ses yeux malicieux et sa discrète élégance, on a du mal à penser que cette agrégée d’italien, qui enseigne à plein temps dans un lycée marseillais, a une famille, des amis –une vie normale, quoi- ait un tel besoin de « plonger dans les tripes de l’humain ». Elle fait un peu penser à ces « grandes dames du crime », britanniques le plus souvent, qu’on imagine davantage en train de siroter un thé accompagné de scones qu’échafauder les intrigues policières les plus inquiétantes. Sauf que le whodunit, très peu pour elle. Marie Neuser naviguerait plutôt sur les eaux troubles du noir. Elle a déjà conquis un lectorat fidèle avec Je tue les enfants français dans les jardins, terrible chronique de la violence ordinaire dans un collège sensible ; puis avec Un petit jouet mécanique, une plongée tout sauf politiquement correcte dans les relations familiales et l’adolescence. Ce deuxième ouvrage a d’ailleurs reçu le Prix Littéraire des Lycéens et Apprentis de la région PACA en 2014.
Elle revient aujourd’hui avec un thriller. Prendre Lily, donc. Premier volet d’un diptyque dont le deuxième, Prendre Gloria, est déjà écrit et paraîtra début 2016. A l’origine de ces deux livres, un fait divers terrible dont la romancière a eu connaissance par la télévision : elle suit en effet avec passion- et en VO- une émission italienne de téléréalité consacrée aux « disparus » ; c’est là qu’elle a entendu parler pour la première fois de cet assassin de femmes, qui a sévi en Italie d’abord, en Angleterre ensuite, avant d’être enfin confondu. Un fait divers si « exceptionnel » qu’elle a passé trois ans rivée à son écran d’ordinateur, afin de reconstituer quasiment jour après jour le déroulé de l’enquête. Et d’en faire l’ossature de son roman, ce qui lui a permis, dit-elle, de se « lâcher », dans la création des personnages, des dialogues, des intrigues secondaires ; sa lecture de quelques extraits (tout en nerfs et en humour vachard) l’a clairement montré. Prendre Lily retrace donc la « période anglaise » des meurtres de l’horrible et baveux Damiano Solivo (comme elle a appelé le meurtrier), ainsi que les huit ans d’investigations du narrateur-enquêteur Gordon Mc Liam. Une enquête usante et frustrante, « Le désert des Tartares du roman policier » résume Marie en plaisantant.
Prendre Gloria, que certains lecteurs attendent déjà avec impatience, se situe chronologiquement avant Prendre Lily, et en Italie. C’est l’agent et l’éditrice qui ont eu l’idée de cet ordre de parution. Pas seulement parce que c’est tendance (et vendeur,), mais aussi parce que si le premier est définitivement l’histoire de la traque d’un assassin, le second, lui, creuse « la fabrication du monstre ». Moins thriller, plus roman sociologique. Car Marie Neuser écrit toujours sur la société qui l’entoure (est-ce pour mieux la sentir qu’elle travaille souvent au café ?) ; et sur tout ce qui la terrifie. En ce moment, elle griffonne des notes sur les réseaux sociaux et les violences qu’ils engendrent. Ce pourrait bien être le début d’une nouvelle histoire. Cathartique évidemment…
FRED ROBERT
Juin 2015

Marie Neuser est venue présenter Prendre Lily (éd. Fleuve noir) à la librairie Maupetit le 30 mai. Elle sera le 13 juin à partir de 10h00 au Comptoir Dugommier (bd d’Athènes), pour un petit déjeuner avec Philippe Carrese (organisé par L’Ecrit du Sud). Avis aux amateurs.
Ses deux premiers romans sont désormais disponibles en poche.

 

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