La Cie Transports en commun a présenté sa création « Cataquiem » au Théâtre de la Joliette, à Marseille

CataclownVu par Zibeline

La Cie Transports en commun a présenté sa création « Cataquiem » au Théâtre de la Joliette, à Marseille - Zibeline

Et si notre passage dans l’au-delà était géré par des clowns ? Le scénario n’est pas moins crédible que l’existence même d’un au-delà. C’est ce qu’a du penser la compagnie Transports en commun en créant Cataquiem, pièce écrite par Philippe Delaigue et mise en scène par Léa Menahem. Dans un hangar désordonné que Maurice, Choub et Titine ne cessent de ranger transitent des cercueils, l’un après l’autre, au rythme des « dossiers » administrés via minitel par Patrick, le chef d’atelier. Chaque nouvel arrivant est annoncé avec un mot commençant par le préfixe « cata », qui signifie « vers le bas » en grec ancien. Ici les anges n’ont pas d’ailes mais des perruques et des nez rouges. Leur logiciel semble perpétuellement réinitialisé. Le monde des vivants leur est inconnu. L’équipe s’émerveille autant qu’elle panique devant des disparus aux profils parfois inattendus. Sans codes ni repères, ces travailleurs à la chaîne décryptent l’humain à travers sa dépouille. Et retricotent les parcours de leurs défunts clients, au gré de leurs propres émotions qui ne répondent à aucun code. Dans un cercueil, une marionnette qui n’a jamais voulu trancher sur son genre. Dans un autre, un assassin farceur dont le corps s’est volatilisé au profit de petits messages dispersés. Parmi ces visiteurs du soir, les employés découvrent aussi une semblable, visiblement enfermée par erreur dans son cercueil. Elle n’a ni souvenir ni langage. Cataquiem donne rendez-vous avec la mort, la traitant par la naïveté poétique du clown. Des clowns davantage inspirée par le théâtre de François Cervantes que par l’imagerie d’un cirque suranné. Aborder le sujet de nos questionnements existentiels par essence, qui porte en lui le drame et les larmes, en choisissant le personnage du rire et de la légèreté par excellence comme médiateur, est une des réussites du spectacle. Une autre est de confier à ce même personnage lié à l’enfance un concept que les adultes tendent en général à lui cacher. C’est ici la conception de la mort par Épicure qui est prônée : « Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous ».

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2021

Cataquiem a été joué le 14 janvier, devant un public restreint aux professionnels, au Théâtre de la Joliette, à Marseille

Photo : Cataquiem © Léa Menahem

Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
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