L’Avare d’après Molière par la Compagnie Tabola Rassa. Tout simplement génial !

Cascades jubilatoiresVu par Zibeline

L’Avare d’après Molière par la Compagnie Tabola Rassa. Tout simplement génial ! - Zibeline

L’Avare à l’affiche. L’on pourrait craindre une énième reprise ressassant le texte de Molière conçue pour des élèves en illustrant leur programme scolaire. Bref, peut-être un bon moment, mais assorti de lourdeurs didactiques épuisantes. La Cie Tabola Rassa bouscule tous les aprioris en une réinterprétation jubilatoire de la pièce de Molière. Le texte en est trituré, remanié, avec une inénarrable drôlerie rythmée par des extraits musicaux qui renvoient au « grand siècle ». L’or d’Harpagon est ici l’eau, précieuse plus que n’importe quel métal… « L’humidité est la chose la plus précieuse du monde » (sic). D’actualité n’est-ce pas !

Une grande table suffit à Olivier Benoît et Alexandre Jean, manipulateurs de marionnettes d’un nouveau genre, robinets de diverses tailles représentant les personnages principaux, sans oublier un assemblage de tuyaux en pvc (quels muscles !) pour maître Jacques, qui jouent, font toutes les voix, les bruitages les plus drôles et incongrus, s’offrent un pas de côté théâtral lorsque l’un des objets se situe un peu trop loin pour le saisir aisément et en font un élément supplémentaire de la dramaturgie, transforment les relations déclinées en alexandrins enflammés et pudiques en une version coquine sous les tissus colorés qui sont aussi les costumes de ces objets animés.

La trame de la pièce reste, avec ses scènes de reconnaissance invraisemblables, le célèbre « Oh voleur ! », l’aphorisme énoncé par Valère « Il faut manger pour vivre… », transformé en « Il faut boire pour vivre et non vivre pour boire », qu’Harpagon n’arrive pas à répéter correctement. Tous les jeux de mots à propos de l’eau se voient abordés avec une délectation espiègle, depuis « arrête ton débit » au « il est complètement siphonné », ou « trou du tube »… On rit beaucoup, l’attente de nouvelles trouvailles ajoute à la tension dramatique. Tout simplement génial !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2020

L’avare d’après Molière par la Cie Tabola Rassa a été donné au Théâtre municipal de Fontblanche, Vitrolles, le 11 février

Photographie © X.D-R

Théâtre Fontblanche
Allée des Artistes
13127 Vitrolles
04 42 75 25 00
http://www.vitrolles13.fr