Rigoletto dans la poche au Festival Durance Luberon

Carte postaleVu par Zibeline

• 21 août 2020 •
Rigoletto dans la poche au Festival Durance Luberon - Zibeline

Déjà la deuxième quinzaine d’août, c’est le temps des cartes postales de dernière minute avant les retours de rentrée… une jolie, convoquant les réminiscences de tant de versions adulées ou conspuées, était donnée dans la vaste cour du château-mairie de Peyrolles-en-Provence, dont l’architecture était en accord avec le thème, l’opéra de Verdi, Rigoletto, proposé par le Festival Durance Luberon dans sa version de poche, « une très grande poche, sourit lors de sa présentation le pianiste et metteur en scène Vladik Polionov, avec ses onze chanteurs, l’une des plus grosses productions du festival ! ».

Le livret de Francesco Maria Piave, inspiré du drame romantique de Victor Hugo, Le roi s’amuse, situe l’action à la cour de Mantoue au XVIe siècle. Là, pas de mouvement #MeToo en vue, les femmes sont convoitées, séduites, enlevées, rejetées, à l’instar de bibelots sur lesquels reposeraient des enjeux d’honneur, de possession et de pouvoir. Vladik Polionov, avant de se mettre au piano, présente chacun des trois actes de l’œuvre avec un humour potache qui rend accessible tous les éléments de l’intrigue et rappelle au passage quelques anecdotes : La Donna è mobile, aria chantée par le Duc de Mantoue, ne fut donnée à travailler à celui qui devait créer le rôle qu’à la veille de la première, afin d’en préserver le mystère, le compositeur pressentant la destinée populaire de ce que l’on nommerait plus tard un tube.

Les surtitrages projetés sur le mur du château, au-dessus de la scène, soulignant le rebord de la fenêtre où apparaitraient certains protagonistes, permettaient de suivre aisément le récit à une « salle » comble et masquée, heureuse d’être là dans ce beau moment de partage. Si bien que l’on oubliera vite quelques petits accros, un duo qui risque de finir en fou rire, rattrapé avec élégance par le piano, une voix qui se voile un peu… Qu’importe !

Kristian Paul, remarquable baryton verdien, campe le personnage de Rigoletto avec aisance. La voix ample et charpentée donne une belle épaisseur au propos et joue des contrastes avec la voix lumineuse aux aigus fluides de sa fille, Gilda, qui prend chair grâce au talent de comédienne de la soprano lyrique colorature, Amélie Robins, particulièrement juste dans l’un des autres tubes de l’opéra : Gualtier Maldè, Caro nome (rêverie sur le faux nom dont le Duc s’est affublé, se faisant passer pour un étudiant désargenté afin de la séduire), tandis que le ténor (« évidemment, les femmes tombent toujours amoureuses des ténors ! » ironise Vladik Polionov), Rémy Poulakis, incarne un Duc de Mantoue bon vivant et dépravé, et que le baryton Florent Leroux-Roche, formidablement convaincant, endosse le rôle du spadassin, Sparafucile (c’est bien connu, aux ténors les airs d’amour et aux barytons et basses ceux des complots et des tragédies !), le tout dans la grande tradition belcantiste. Un bien agréable concert d’été…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné le 19 août au Château-Mairie de Peyrolles-en-Provence dans le cadre du Festival Durance Luberon.

À venir le 21 août cette version « de poche » de Rigoletto sera donnée dans la cour du château de la Tour d’Aigues (21h)

www.festival-durance-luberon.com

Photographie © Bertrand Périsson