Le Festival francophone de Tübingen présente sa sélection pour Tous Courts

Carte blanche au FIFFVu par Zibeline

Le Festival francophone de Tübingen présente sa sélection pour Tous Courts - Zibeline

Le FIFF, Festival International du Film Francophone de Tübingen et Stuttgart, organise chaque année une compétition internationale de courts-métrages. Dans le cadre de sa 38e édition, le festival aixois Tous courts lui a donné une Carte blanche.

Au programme, quatre films de réalisateurs (on regrettera ici qu’il n’y ait aucune réalisatrice) -deux français, un belge et un canadien. Tous abordant des sujets graves. La sexualité et la stérilisation des handicapés, le désespoir d’un ouvrier qui perd son travail, la détresse affective de jeunes filles en foyer et un jeu d’enfants qui finit mal : des fictions dramatiques, âpres. La plus terrible, si hiérarchie il y avait, est sans conteste Fauve de Jérémy Comte. Le réalisateur y suit les défis de deux jeunes ados dans une friche industrielle désaffectée. On connaît le succès de l’Urbex -exploration autorisée ou interdite des zones abandonnées, urbaines ou périurbaines. On sait qu’il y advient des accidents mortels. Beau sujet de photo que la déshérence, rails hérissés d’herbes folles, véhicules et conteneurs hors d’usage, étendue déserte gris bleuté d’un site d’extraction. Là, les petits mecs testent leur virilité naissante à coups de défis. Corps maigre, cheveux ras ou rasés. On ne saura rien de leur famille. On les suppose livrés à eux-mêmes. On voit leur complicité chahuteuse et rugueuse. On devine une amitié malgré les coups mutuels du jeu qui les rend adversaires. Un renard passe d’ailleurs par là mais ces « petits princes » ne s’envoleront pas pour retrouver une rose. La boue et le remords seront leurs lots respectifs.

À l’arraché, d’Emmanuel Nicot, parle également d’une amitié qui fait mal. Raïssa et Alio vivent dans un foyer. L’une encore mineure est apprentie coiffeuse, l’autre vient d’avoir 18 ans et doit quitter l’institution. Ces deux-là se sont accrochées l’une à l’autre depuis longtemps. Alio veut s’arracher à ce lien pour grandir, quitte à tomber sous la domination d’un homme brutal et possessif qui lui fait un enfant, quitte à mentir à Raïssa qui se sent trahie, rejetée. Deux filles écorchées vives par la vie, nourries par une force que la tension du film restitue parfaitement.

C’est un autre désespoir que Rémi Allier met en scène dans Les petites mains, celui d’un ouvrier quinquagénaire dont l’usine ferme. Alors que l’affrontement du personnel avec le patron atteint son paroxysme, sur un coup de tête il enlève le bébé de ce dernier. Fuite sans issue dans les bois. L’homme pleure et le bébé le regarde, ses petites mains jouant avec celle de l’homme, amputée d’un doigt. Un drame social sans discours superflu !

C’est sans doute Mon Amoureux de Daniel Metge qui serait, dans cette sélection, l’opus sinon le plus léger du moins le plus lumineux. Laurie et Yves sont handicapés mentaux, pris en charge dans un centre spécialisé : Les Eglantines. On y apprend de fort jolies choses mais on y interdit la sexualité. Or Laurie aime Yves. C’est son amoureux qu’elle embrasse avec la langue. Malgré des désirs qui s’expriment sans filtre, elle est encore vierge. Alors, sa sœur Estelle, la bien nommée, organise un week-end pour le couple dans la maison familiale, en l’absence de la mère qui voudrait bien faire stériliser Laurie et désapprouverait le projet. Estelle devra gérer les colères, les fâcheries, les conduites asociales du couple, se faire sexologue. Et le fera, avec patience et tendresse. Sur ce sujet délicat, Daniel Metge réussit l’équilibre entre la crudité des propos et la finesse des sentiments. Rien n’est évident, des décisions irréversibles seront prises peut-être pour Laurie sans qu’elle les comprenne, mais inconscients de ces menaces, ces deux-là nous bouleversent et le film nous offre des moments de grâce dignes des plus jolies histoires d’amour : un baiser devant un puzzle géant en miroir, des compositions végétales créées à quatre mains et la tête de la jeune handicapée s’appuyant sur l’épaule de son amant, confiante.

ÉLISE PADOVANI
Décembre 2020

Photo : Mon Amoureux @Les Films du Cygne

Diffusion du programme jusqu’au 4/12 sur festivaltouscourts.kinow.tv