Le groupe Maslinki au Chantier de Correns

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Le groupe Maslinki au Chantier de Correns - Zibeline

Les concerts de sortie de résidence au Chantier de Correns sont dotés d’une saveur particulière, les musiciens sont en osmose, et le spectacle tient autant de la performance que du salon de musique entre familiers, avec un plus, les conférences remarquablement documentées de Frank Tenaille qui resituent les traditions musicales dans leur contexte historique, géographique et politique sans en oublier les particularités instrumentales, vocales, rythmiques et tonales. Fort d’un vocabulaire neuf, le spectateur peut goûter avec encore plus de pertinence aux agapes musicales proposées.

C’est sous les voûtes de la salle Louis Soldner de Fort Gibron que les quatre niçois du groupe Maslinki (petites olives en bulgare) nous entraînaient dans un voyage alerte dans les différentes régions culturelles de la Bulgarie. Pas de « voix bulgares », dont les polyphonies ou plutôt « diaphonies » (F. Tenaille) sont si réputées, mais un ensemble instrumental dont la particularité est d’adjoindre aux instruments traditionnels des instruments électroniques destinés à retrouver le son des instruments anciens, dans un paradoxal retour aux sources. La grande gaïda des Rhodopes (cornemuse bulgare) ouvre de son souffle la magie du concert, mélodie souple qu’accompagne un bourdon continu. Le rythme de la danse des Rhodopes unit l’ensemble dans ses accélérations, ses arrêts au sommet d’une phrase, son impatiente vivacité… Les musiques rendent compte du quotidien, une danse s’inspire du mouvement d’arrachage des mauvaises herbes, une autre parle d’amour… Les rythmes « boiteux » invitent à la danse… On file vers la Grèce, puis l’on s’autorise une petite incursion en Arménie, on repart vers la Thrace, puis la Macédoine. Les nostalgies slaves ne durent jamais très longtemps et s’emportent en joyeux élans, soutenus par les bases percussives de la darbouka ou du tambour tapan (Gaël Navard) et de la guitare basse (Emmanuel Salicis), qui offrent des rythmes ostinato sur lesquels s’appuient les airs joués par l’accordéon, le continuum aux sons flûtés (Camille Giuglaris), la clarinette, le saxophone ou les gaïdas (Emmanuel Frin). Un régal, que trois « bis » prolongent avec un enthousiasme partagé !

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2019

Concert donné le 22 novembre au Fort Gibron, Correns

Photographie : Maslinki © DR

Le Chantier
Centre de Création de Nouvelles Musiques Traditionnelles
Fort Gibron BP24
83570 Correns
04 94 59 56 49
http://www.le-chantier.com/