Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Carmen et Lola, gitanes et lesbiennes

Carmen y Lola

Vérifier les jours off sur la période
Carmen et Lola, gitanes et lesbiennes - Zibeline

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes cette année, Carmen y Lola de la réalisatrice espagnole Arantxa Echevarría se rapproche par sa thématique de Rafiki de Wanuri Kahiu, qui concourait dans la Sélection officielle : une relation amoureuse entre filles dans des sociétés patriarcales fermées et réactionnaires. Carmen y Lola s’ouvre sur l’image d’une jeune fille en majesté, parée comme une reine. Boucles d’oreilles immenses, tiare, robe et escarpins blancs. Tout en strass, perles, paillettes. C’est Carmen. On la prépare à ses fiançailles officielles avec Rafa. Nous sommes dans la communauté gitane madrilène, ostracisée mais fière de ses origines et de ses traditions, dans un quartier bien délimité où le regard des autres tient lieu d’impératif catégorique, où le mariage est la grande affaire des familles et le destin naturel des femmes. Quelques principes de base confortés par le Culte chrétien régissent la vie du groupe : la virginité des filles avant le mariage, l’obéissance aux pères, l’endogamie pour préserver le clan et reproduire les schémas ancestraux. Dès lors, tout ce qui favorise l’ouverture est perçu comme un danger. Le lycée –À quoi bon étudier pour vendre sur les marchés et torcher ses mioches ? Les rêves d’autonomie –Travailler, devenir coiffeuse, ou même seulement partir voir la mer, quelles idées saugrenues ! Dans ce microcosme, l’homosexualité est évidemment taboue, ne pouvant se penser que comme péché, maladie, possession diabolique. Or Lola est bonne élève, veut devenir ornithologue, tague les murs de dessins d’oiseaux, aime les jeux de garçon et secrètement les filles avec lesquelles elle tchatte dans les cybercafés. Arantxa Echevarría, dont c’est le premier long métrage, va nous raconter une histoire d’amour solaire, touchante, entre ces deux adolescentes. Celle qui sans y trouver complètement son compte acceptait de rentrer dans le moule d’une normalité imposée, et celle qui, connaissant son orientation sexuelle, savait depuis longtemps qu’elle ne pouvait pas être autre que ce qu’elle était. La réalisatrice le fait avec beaucoup d’honnêteté et de pudeur, captant la naissance, l’épanouissement, les affres du désir quand les regards et les peaux se cherchent, se trouvent, se perdent, la maladresse des premières fois. Exposant dans les scènes dansées l’énergie du corps des femmes, moulées dans des robes colorées qui exaltent leur sensualité alors qu’on les empêche d’en jouir librement. Si le film ne trouve pas toujours son rythme, si son symbolisme est parfois un peu trop appuyé, il offre de jolis moments de cinéma. Dans les rôles-clés, les deux actrices non professionnelles Carolina Juste et Moreno Borja sont tout bonnement superbes. Pour ce projet, la réalisatrice a approché la communauté gitane de la banlieue de Madrid pendant deux ans, laissant entrevoir à travers le récit de ce premier amour la volonté d’émancipation des filles des nouvelles générations.

ELISE PADOVANI
Novembre 2018

Carmen y Lola, de Arantxa Echevarría, sort le 14 novembre (1h43)

Photo : Carmen Y Lola, de Arantxa Echevarría © Cineuropa