CaravanSérail, une ode à la diversitéVu par Zibeline

 - Zibeline

Au Théâtre Silvain, le festival marseillais de musiques du monde fait son entrée dans la cour des grands.

La contrainte du passe sanitaire n’aura pas eu raison de la fête. Encore moins de la diversité culturelle à l’honneur de CaravanSérail. Fruit d’une coopération entre quatre opérateurs (Cité de la musique, Arts et musiques en Provence, Maison du chant, MCE productions/L’éolienne), le festival prouve définitivement cette année qu’il répond à un désir du public marseillais. En deux soirées et six propositions, il réussit surtout à rappeler que des artistes français voire issus de la scène régionale, rayonnent à l’échelle internationale parce que porteurs d’une esthétique musicale d’un ici venu d’ailleurs.

À commencer par le guitariste flamenco aubagnais Juan Carmona qui lance, en septet, cette 4e édition par un concert tout en virtuosité, que l’on regrette de ne pas écouter dans un environnement plus intimiste. Après un bal napolitain aux accents de transe mené par Lalala Napoli, Orange Blossom, pionnier des musiques fusionnées en France, électrise la première soirée. Voilà un quart de siècle que le groupe embras(s)e rock, nappes électro et souffle oriental. Arrivée bien plus récemment, l’égyptienne Hend Ahmed, chanteuse à la voix « kalsoumienne », envoûte l’assistance.

On s’impatientait de revoir Lo Còr de la Plana sur une grande scène marseillaise. Manu Théron et ses quatre comparses n’ont rien perdu de leur popularité ni de leur impertinence. Dans une polyphonie enivrante, le chœur masculin (réen)chante la Méditerranée par une de ses langues les plus partagées, l’occitan. Munis de bendirs et autres tambourins, ils donnent à leurs chants une cadence qui a fait « parler les pieds ». Au détour d’une farandole endiablée, Lo Còr nous entraîne dans une traversée de l’histoire des quartiers de Marseille. Des rythmes bédouins du Sud algérien à Libertat, chant révolutionnaire rendant hommage aux Communards marseillais, la bande à Théron n’a de cesse de raviver l’ardeur de la musique populaire. Titi Robin connaît lui aussi les richesses du patrimoine musical méditerranéen. Il en donne une nouvelle fois une belle démonstration avec Ma Gavali, fruit de ses retrouvailles avec Roberto Saadna, maître de la rumba catalane issu de Saint-Jacques, quartier gitan à Perpignan. La voix puissante de Saadna, les cordes du bouzouq pincées par les doigts experts de Robin, les percussions habitées de Zé Luis Nascimento, le chant de l’accordéon, le rythme des palmas offrent une superbe escapade dans la tradition gitane de la capitale de la Catalogne du Nord. Suite au désistement de Sone Jobarteh, bloquée au Royaume-Uni par les restrictions sanitaires, Jupiter & Okwess la remplace, faisant de ce concert de clôture la première date de sa tournée française. Jupiter, que l’on surnomme le « Général Rebelle », a les frontières en horreur et les fait généreusement tomber à l’aide de sa musique qui respire les influences rock et funk de sa jeunesse à Berlin et celles qu’il a retrouvées au Congo. Le groupe déluré enflamme la scène au son des guitares électriques et au rythme afrobeat des congas. Libérateur.

MARION DURAND et LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Le festival CaravanSérail a eu lieu les 18 et 19 juin, au Théâtre Silvain, Marseille

Photo Titi Robin et Roberto Saadna © Marion Durand

Théâtre Silvain
Anse de la Fausse Monnaie
Chemin du Pont
13007 Marseille
04 91 31 40 17
http://www.capsur2013.fr/