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Laëtitia, un ouvrage protéiforme d'Ivan Jablonka qui analyse un fait divers en historien

Captation de mémoire

Laëtitia, un ouvrage protéiforme d'Ivan Jablonka qui analyse un fait divers en historien  - Zibeline

Dans son dernier ouvrage, Ivan Jablonka analyse un fait-divers comme un objet d’histoire. Laëtitia Perrais disparaît en janvier 2011. Son meurtrier est vite identifié, mais le corps de la jeune fille n’est retrouvé que quelques semaines plus tard, démembré. Père de trois filles, bouleversé par cette affaire, l’auteur/historien restitue par écrit la vie de la victime, l’appréhende dans sa singularité afin qu’elle ne soit pas réduite à ce simple crime, n’existant de façon post mortem que par ce qui la relie à son assassin, dans le cadre d’une médiatisation à outrance. Mais cet essai ne se résume pas à une biographie : dans une vision unifiée des sciences sociales, le chercheur convoque tous les outils à sa disposition, ceux de l’histoire orale, de la sociologie, de la géographie, de l’enquête de terrain. Il s’entretient avec tous les protagonistes sauf le meurtrier. L’intention est de mettre le fait-divers en perspective, de trouver le général dans le particulier : celui-ci révèle une époque, la vulnérabilité des enfants perdus dans les méandres de « l’assistance publique », la violence faite aux femmes, la pauvreté d’une France périurbaine oubliée. Il s’agit aussi d’étudier la polémique politico-judiciaire consécutive à l’événement, lorsque Nicolas Sarkozy, président de la République, le récupère pour instrumentaliser la peur, durcir les mesures répressives à l’égard des délinquants sexuels (alors que le coupable est certes multirécidiviste, mais pas dans cette catégorie…), accuser de dysfonctionnements une justice exsangue qui, peu coutumière de la pratique contestataire, se soulèvera pourtant en nombre contre ces propos iniques.

Ouvrage protéiforme où l’émotion d’Ivan Jablonka est souvent palpable, Laëtitia a été salué par les prix Le Monde et Médicis.

MARION CORDIER
Décembre 2016

Laëtitia
Ivan Jablonka
Seuil, 21 euros