Et on virera tous les crasseux... sauf s'ils ne se laissent pas faire

Capitale de la ruseVu par Zibeline

• 20 janvier 2015, 22 janvier 2015, 25 janvier 2015 •
Et on virera tous les crasseux... sauf s'ils ne se laissent pas faire - Zibeline

La grande salle de la librairie Manifesten était pleine avant les fêtes, pour accueillir le film de Nicolas Burlaud La fête est finie. Ce documentaire de 72 minutes, réalisé en autoproduction, dresse un bilan courroucé de Marseille-Provence 2013 : la capitale européenne de la culture y est accusée d’avoir servi de cheval de Troie aux volontés politiques et technocrates qui tentent depuis des années de faire de la cité phocéenne «une ville comme les autres». Entendez un lieu sans âme populaire, où le front maritime conquis par les intérêts privés sert de vitrine aseptisée -et lucrative-, tandis que les habitants les plus pauvres sont toujours plus mal lotis.

Le cinéaste craint que «la « Culture », vecteur et valeur traditionnels d’émancipation puisse devenir, si ses acteurs ne s’interrogent pas sérieusement sur leur rôle, une arme au service de la bourgeoisie d’affaire et des promoteurs immobiliers». Il fait appel avec finesse au récit de l’Enéide pour accompagner son raisonnement, et parvient non sans humour à décrire le processus d’uniformisation à l’œuvre. Lorsque les concertations factices n’ont pas pu convaincre la population des bienfaits du progrès en marche, que les pelleteuses ont rencontré une opposition insolente, et que l’intimidation a failli, reste la possibilité de plonger les marseillais dans une «stupeur» qui les rende plus aisément manipulables.

Marseille la crasseuse, dont un chef de la Gestapo disait qu’elle est «le chancre de l’Europe», a choisi un slogan resté dans les mémoires en 2011 : «Ma ville accélère». Nicolas Burlaud se demande : mais pour aller où ? Bien-sûr que sa population accueillerait avec joie certains changements : des transports en commun de meilleure qualité, un urbanisme sensé, moins de pollution, et moins de rats dans ses rues ! Mais sans la crainte de perdre son âme, sans se sentir exclue de son propre espace public, sans que l’accueil des touristes prime sur son bien-être au quotidien. La métis des technocrates est infinie, même s’ils n’ont pas lu Homère ou Virgile, cependant les crasseux ne les laisseront pas l’emporter sans lutter. Le film se conclut sur un doigt d’honneur jubilatoire à leur adresse, celui d’un gamin plongeant dans la Méditerranée depuis l’esplanade du J4, pas loin des Terrasses du Port. Là où c’est interdit.

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2015

La fête est finie a été projeté le 19 décembre à Manifesten. Prochaines projections en présence du réalisateur : jeudi 22 janvier au cinéma Les  Variétés, 20h, 5€ (pré-ventes déjà ouvertes auprès du cinéma) en partenariat avec « Pensons le Matin » et « Un Centre-Ville pour tous » ; dimanche 25 janvier, à La Rouille, 82 rue Nau 13005, 20h, prix libre.

Plus d’informations sur www.primitivi.org et http://lafeteestfinie.primitivi.org/, où l’on peut commander le DVD en ligne, au prix de 15 €.

À noter également la conférence Éclat(s) du mythe qui se tiendra à la BMVR Alcazar le 20 janvier. Animée par les chercheuses Florence Bancaud et Véronique Dallet-Mann, elle portera sur la «mythologie populaire, anarchique et sujette à de nombreuses manipulations médiatiques de Marseille».

Photo : La fête est finie -c- Nicolas Burlaud