Tout un monde lointain : une écriture limpide au rythme d’un concerto de Dutilleux

Cap FantômeLu par Zibeline

Tout un monde lointain : une écriture limpide au rythme d’un concerto de Dutilleux - Zibeline

Célia Houdart écrit sur des sujets bien maîtrisés, bien documentés et possède l’art de construire des cadres spatio-temporels minutieusement restitués, de recréer des ambiances idoines, des « milieux » d’où le romanesque paraît sourdre quasi naturellement. Avec Gil, paru il y a deux ans, la romancière offrait un beau chant d’amour à la musique à travers un personnage de pianiste à l’intériorité complexe et torturée tout à fait crédible. Le titre de ce cinquième ouvrage, Tout un monde lointain, invite aussi, entre Baudelaire et Dutilleux dont la structure du fameux concerto semble accompagner secrètement le récit, à un voyage sur de longs échos, où nature et culture se confondent. Le prologue est saisissant, tout est y est déjà, et déjà on a bien compris que tout y reviendrait : « Monte Verità. Ascona 1918. » L’héroïne, Gréco, comme Juliette, qui a été décoratrice pour les grands de ce monde, a vécu enfant dans cette communauté au bord du Lac Majeur où se pressaient végétariens, naturistes et danseurs ; elle vit désormais retirée dans sa villa de Roquebrune-Cap-Martin en regardant du côté d’une autre utopie moderniste et architecturale : la villa E.1027 d’Eileen Gray (la célèbre irlandaise a été son amie dans les années 30) plus ou moins laissée à l’abandon depuis le décès de son dernier propriétaire. L’intrigue est mince, un peu naïve – deux jeunes squatters parfaitement beaux et même danseurs viennent bouleverser l’élégante retraite – et sa conclusion tout à fait apaisée. L’écriture d’une limpidité extrême fonctionne comme un guide à la main douce qui ferait traverser des moments improbables à un lecteur innocent. Roman-jeunesse aurait-on envie de crier fort avec une pointe d’irritation si l’on ne sentait pas qu’au fond, Célia Houdart a un autre personnage à proposer, hors-champ et sincère : son propre regard qu’elle promène partout sur les Merveilles du monde titre de son premier roman jamais démenti !

MARIE-JOSÉ DHO
Septembre 2017

Tout un monde lointain Célia Houdart
P.O.L Éditeur 14 €

Les Correspondances
20 au 24 septembre
Manosque
04 92 75 67 83 correspondances-manosque.org

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