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Retour sur le Festival de danse de Cannes et sa programmation cosmopolite

Cannes aime la danse

Retour sur le Festival de danse de Cannes et sa programmation cosmopolite - Zibeline

Directrice artistique du Festival de danse de Cannes depuis 2015, Brigitte Lefèvre est exceptionnellement reconduite par la Ville pour une troisième édition en 2019. Preuve d’un soutien politique et d’une confiance absolue.

Comment expliquer ce succès en seulement deux éditions ? La raison tient sans doute à la volonté de Brigitte Lefèvre, directrice de la danse à l’Opéra national de Paris de 1995 à 2014, « d’enchanter la ville et le public » et de « fertiliser le terrain cannois » défriché par Jean-Luc Barsotti, Yorgos Loukos et Frédéric Flamand. Sans doute aussi à sa programmation cosmopolite qui croise ballets internationaux et compagnies émergentes.

En 2015 et 2017, le festival biennal n’a développé aucune thématique car ce qui la motive est la traversée des genres, des écritures et le mélange des publics. Quitte à désarçonner les aficionados de l’ultra contemporain auxquels elle propose un Don Quichotte passablement poussiéreux et kitsch revisité par les argentins Silvia Bazilis et Raúl Candal et le Ballet Nacional Sodre d’Uruguay. Quitte à éprouver le public d’amateurs et de néophytes plongés dans l’univers métaphorique et fiévreux de Yama de Damien Jalet interprété par le Scottish Dance Theatre.

Danseuse et chorégraphe de renom, Brigitte Lefèvre connaît sur le bout des pieds le délicat exercice du grand écart ! On peut donc lui être reconnaissant de faire découvrir, voire redécouvrir, talents d’hier, d’aujourd’hui et de demain sans distinction. C’est-à-dire avec un traitement égalitaire dans la programmation, le choix des salles (Cannes manque cruellement d’une vraie salle pour la danse avec un rapport plateau-public ad hoc !), la rencontre avec le public qu’elle anime en bord de scène.

La jeune chorégraphe Jann Gallois, qui nous a une fois de plus séduites avec son incroyable duo Compact de 2016 et sa formidable création Quintette, a eu les mêmes honneurs que Thomas Lebrun qui a revisité son trio Another look at memory dans un quatuor à l’écriture toujours finement ciselée. De même Éric Oberdorff basé à Nice a eu carte blanche pour inviter quatre compagnies de Studiotrade, réseau européen de coopération initié en 2010 à Düsseldorf.

Une occasion en or d’importer à Cannes des « observateurs privilégiés du monde » repérés par l’un des leurs ayant à cœur de les faire connaître. De fortes personnalités sont d’ores et déjà à suivre : le duo allemand Silke Z. / Resistdance au propos frais et profond à la fois, et l’irlandaise Oona Doherty à l’énergie chevillée au corps, au regard provocateur et à la rage dans la chair.

Autre figure libre de la danse, Robyn Orlin a offert à l’étoile de l’Opéra national de Paris Benjamin Pech le rôle du Roi-Soleil dans son spectacle déstructuré Oh Louis…* avec le claveciniste Loris Barrucand. Du Robyn Orlin pur jus, moins inspiré même si l’astre Benjamin Pech était royal.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2018

* Oh Louis… we move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep…

Le Festival de danse de Cannes s’est déroulé du 20 au 29 novembre.

Photo : Yama, de Damien Jalet © Brian Hartley