Exposition photographique Albert Camus (1913-1960) au château de Lourmarin

Camus inédit et familierLu par Zibeline

• 1 juin 2020⇒31 octobre 2020 •
Exposition photographique Albert Camus (1913-1960) au château de Lourmarin - Zibeline

Le château de Lourmarin, « premier château Renaissance en Provence », a rouvert ses portes, et offre même de nouveaux espaces au visiteur. 

Ainsi, les salles basses du château sont occupées du 1er juin au 31 octobre par une exposition d’une vingtaine de photographies prêtées par la famille de l’écrivain polygraphe. Toutes issues des archives personnelles d’Albert Camus, les prises de vue évoquent, en grand format (1×1.20m), des instants d’intimité de l’auteur de L’été. Le voici, jeune, au milieu des ouvriers de l’atelier de tonnellerie où son oncle Étienne travaille. Un extrait de Carnets II (paru chez Gallimard) accorde son sens au tableau : « Près d’eux, ce n’est pas la pauvreté, ni le dénuement, ni l’humiliation que j’ai sentis. Pourquoi ne pas le dire : j’ai senti et je sens encore ma noblesse. Devant ma mère, je sens que je suis d’une race noble : celle qui n’envie rien. ». Chaque photographie est ainsi accompagnée d’une citation camusienne dont la profondeur éclaire non seulement le cliché mais notre perception actuelle du monde. La lucidité pertinente de l’auteur se retrouve dans le souvenir de sa collaboration au journal Alger-Républicain, où paraîtront ses reportages intitulés Misère de la Kabylie. L’exergue alors censuré dans Soir-Républicain (novembre 1939) rappelle ce que signifie le journalisme qui « sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces » et refuse de « servir le mensonge »…

On voit Camus dans ses jeux à la plage, les pages consacrées à Tipasa affleurent au cœur de l’insouciance des scènes en noir et blanc. Sports collectifs et théâtre sont célébrés, bases essentielles de nos parcours : « Je n’ai connu que le sport d’équipe au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagnent les longues journées d’entrainement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les scènes de théâtre et dans les stades de football, qui resteront mes vraies universités ».

Allers-retours

Bien sûr, il y a le discours de Stockholm du Nobel, les engagements contre les totalitarismes (on voit Camus et Sartre sur la même photo, lors d’un meeting contre l’admission de l’Espagne franquiste à l’UNESCO), mais aussi la tendresse de scènes familiales, avec ses jumeaux dans les bras, Catherine et Jean. Et toujours, la même douceur dans un regard qui même dans les moments heureux semble empreint d’une sourde tristesse. Est-ce le pressentiment d’une mort jeune, (la tuberculose le contraint à de nombreux séjours en altitude, principalement dans les Vosges), les allers-retours entre l’Algérie natale et la France, qui le troublent ainsi ? « La vie continue et moi, certains matins, lassé du bruit, découragé devant l’œuvre interminable à poursuivre, malade de cette folie du monde aussi qui vous assaille au lever dans le journal, sûr enfin que je ne suffirai pas et que je décevrai tout le monde, je n’ai que l’envie de m’asseoir et d’attendre que le soir arrive… » (Carnets III).

Dans la petite salle qui jouxte celle, aux voûtes croisées, de l’exposition, un complément est apporté par les affiches des pièces de Camus : Caligula, L’État de Siège,… Les noms des acteurs surgissent du passé, parmi lesquels celui de Maria Casarès (dont la superbe correspondance avec Camus est éditée aujourd’hui chez Gallimard). Les esquisses de propositions de scénographie laissent entrevoir sous un autre jour les cheminements esthétiques du dramaturge qui se plaisait à répondre à la question « pourquoi faites-vous du théâtre ? » : « tout simplement parce qu’une scène de théâtre est un des lieux du monde où je suis heureux ».

Les projections, discussions, lectures qui devaient accompagner le soixantième anniversaire de la disparition de Camus n’auront certes pas lieu sur les terrasses du Château de Lourmarin, mais trouveront une forme radiophonique sur les ondes de France Culture les 25 et 26 juin prochains.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2020

1er juin au 31 octobre
Château de Lourmarin
04 90 68 15 23 château-de-lourmarin.com

Photographie : Albert Camus © Collection Catherine et Jean Camus