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L’Orient et l’Occident mis en regard avec une sobre pertinence par Momo Kodama

Calligraphies franco-japonaises

L’Orient et l’Occident mis en regard avec une sobre pertinence par Momo Kodama - Zibeline

Il y a deux genres minoritaires au Festival International de piano de la Roque d’Anthéron, les femmes et la musique contemporaine. Le concert présenté dans l’écrin de la cour du Musée Granet à Aix-en-Provence apportait l’éblouissante démonstration de l’incohérence de ces « oublis ». Momo Kodama offrait un récital conçu avec intelligence, soulignant les inspirations croisées entre influences occidentales et orientales, en alternant des œuvres de Debussy, épris d’art japonais, collectionneur et auteur de pièces telles son triptyque Estampes, et Toshio Hosokawa dont l’œuvre puise ses sources aussi bien dans le gagaku, ancienne musique de cour (musique savante traditionnelle du Japon), ou le nô, qu’auprès de Bach, Mozart, Schubert (…).  Entrelacés à ces auteurs, Messiaen, le grand « ornithologue-compositeur », se passionna aussi pour le Japon et écrivit par exemple Les Sept Haïkaï, Ravel mettra en scène Laideronette, impératrice des Pagodes, dans Ma mère l’oye, Bruneau-Boulmier (né en 1981) quant à lui s’est intéressé à Hosokawa (Dans le silence d’Hosokawa) et Tōru Takemitsu, chef de file de la musique classique japonaise, qui, par sa culture unissant la musique française (Messiaen, Satie, Debussy…) et la musique japonaise, cherchait à dépasser les oppositions entre orient et occident pour aboutir à une universalisation.

En termes clairs et concis, la grande artiste Momo Kodama évoquait les enjeux du concert, livrait quelques clés de lecture, ainsi, la correspondance entre la calligraphie, ses gestes, et l’étude de Toshio Hosokawa, Point and Line, jeux d’échos sonores, matérialisant le tracé des points et des lignes, moment de grâce absolue, où la pianiste devient peintre, usant de son instrument comme d’une toile où s’esquissent, parfois avec humour, les traits de l’œuvre à venir, la musique devient visuelle, l’encre se pose sur le papier blanc… Le travail entre le plein et le vide, propre à la technique du dessin, devient celui de la composition musicale, ainsi avec la pièce Aytori  (T. Hosokawa), quelques motifs, ou cellules, trilles, gruppettos, jouent avec les silences, le piano est parcouru d’élans amples, d’éclats fulgurants, dont les pauses soulignent le brillant. Des correspondances se dévoilent entre les différents compositeurs, les univers se poétisent fondent de nouveaux rapports entre les êtres et leur perception du monde, on est emporté dans un voyage où les notes liquides de Debussy, aériennes, conversent avec les silences et les emportements d’Hosakawa, donnent des clés de lecture pour les autres compositeurs, façonnent une écoute renouvelée.  La pianiste sert les œuvres avec une clarté, une élégance virtuoses, éclaire les propos sans chercher d’effet. En bis elle offrira un dernier diptyque, avec Mai, ancienne danse japonaise de T.Hosokawa, et l’Étude pour huit doigts de Debussy, défi pianistique que cette partition au rythme alerte et au tempo rapide, sans les pouces ! Un bijou de finesse !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2017

Concert donné le 6 août, Musée Granet, Aix-en-Provence, dans le cadre du Festival International de piano de la Roque d’Anthéron

Photographie © Claire Le Goff


Musée Granet
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13100 Aix-en-Provence
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