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Généreux et humain, le jazz de Raphaël Imbert au Petit Duc

Bulle de jazz

Généreux et humain, le jazz de Raphaël Imbert au Petit Duc - Zibeline

Raphaël Imbert a rapporté de ses trois années de voyages d’études sur l’improvisation dans les musiques traditionnelles et populaires dans le «Deep South» (sud des Etats-Unis), le Music is my Home dont la tournée se poursuit. En attendant la parution de l’album en 2016 (le 20 février), un vinyle cinq titres, prologue, pour patienter… et des concerts au détour desquels on a le privilège d’applaudir des musiciens d’exception, qui viennent en cadeau apporter leur univers, et le partagent avec la Compagnie Nine Spirit et les saxophones de Raphaël Imbert. On a déjà eu l’occasion de goûter au blues d’Alabama Slim ou de Big Ron Hunter, mais aussi Leyla MacCalla, son violoncelle et ses chants cajuns. C’est la mutine Sarah Quintana, et son univers qui touche au folk, blues, jazz, cajun, qui se retrouvait dans la salle du Petit Duc, pour le concert Music is my home le 27 novembre. Le Mississippi, fleuve symbole de la New Orléans, a envahi la scène, que ce soit emprisonné dans un bocal devenu percussion ou thème central des chansons de Miss River, émouvante Mama Mississippi, voix fragile et spirituelle, jusque dans l’interprétation de J’attendrai ! Le talent de la jeune chanteuse est tel que même une simple tasse à café a du swing et devient instrument principal ! Thomas Weirich glisse sa guitare, puis les saxophones de Raphaël Imbert, le piano ou le trombone de Simon Sieger, la contrebasse de Pierre Fenichel, la batterie de Cedrick Bec, rejoignent l’ensemble. Un blues évoque Martin Luther King, l’autre Paul Gilroy et son livre Black Atlantic (L’Atlantique noir : Modernité et double conscience)… Hommage au saxophoniste Ornette Coleman, disparu cette année, inventeur du free jazz (Raphaël sourit en évoquant la crainte de certains spectateurs, «vous faites du jazz, mais pas du free jazz au moins !»), mais aussi nourri de country, de blues et de soul, avec une interprétation enlevée de Ramblin. L’improvisation tisse avec la mémoire de la musique américaine un nouveau patrimoine, pétri de talent et d’humanité. Les motifs circulent, chaque musicien apportant sa sensibilité, la couleur de son instrument. Le/les saxophones ne sont plus que le prolongement d’un souffle, dépassant les possibilités communément admises, dans des envolées exacerbées où les notes semblent poussées par la nécessité urgente de dire. Les bis généreusement accordés remontaient aux origines avec le premier gospel, Precious Lord de Thomas Dorsey, avant de terminer par sans doute l’une des plus belles Marseillaise, écrite par Albert Ayler, solo au saxo, d’une bouleversante richesse. Si le monde pouvait être une bulle de jazz…

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2015

Raphaël Imbert 5tet Music is my Home a été donné le 27 novembre au Petit Duc, Aix-en-Provence

Photo © Martin Sarrazac