Tal Michael rend hommage aux pionniers du cinéma d'animation égyptien

Bukra Fil Mish-MishVu par Zibeline

Tal Michael rend hommage aux pionniers du cinéma d'animation égyptien - Zibeline

Cliquetis et froufroutement de la pellicule qui se déroule. Des images en noir et blanc, saccadées, piquetées, réaniment le passé : celui d’une famille qui l’a relégué à la cave et celui du cinéma égyptien qui ne cesse d’étonner. Bukra Fil Mish-mish de Tal Michael nous fait découvrir à travers l’enquête-quête de leurs descendants, le parcours des pionniers du cinéma d’animation arabe, créateurs d’un Mickey mouse en chéchia : les frères Frenkel. Trois juifs ashkénazes unis comme les doigts d’une main, partageant la même passion pour le cinéma. David, le créatif rêveur, Herschel le commercial, Salomon autodidacte ingénieux, plus pragmatique, le seul à avoir fondé une famille avec Marcelle, la Séfarade, considérée comme une intruse. Après la mort de son père, Didier, fils de Salomon, retrouve à la cave bobines et machines de projections qu’il n’a pas voulu détruire malgré l’injonction paternelle et l’hostilité de sa mère qui veut tout oublier. Il apporte ce matériau au Centre de restauration du Patrimoine cinématographique qui va révéler une œuvre inédite, vivante, surprenante. Didier retrouve aussi des lettres de son oncle David. L’histoire se restaure avec et en marge des films : la vie heureuse en Égypte et le succès populaire des Frenkel reconnus officiellement par le gouvernement comme les Disney arabes. Le départ forcé en 1951 alors que les biens des Juifs sont mis sous séquestre. L’exil en France, la pauvreté, la persévérance infructueuse et aveugle pour continuer à faire des films, l’échec d’une dernière autoproduction : Le Beau Danube bleu, engloutissant espoirs et argent. Mêlant les sentiments personnels de Didier, de sa sœur Jenny, les souvenirs douloureux de leur mère en butte à l’hostilité de ses beaux-frères, la parole des experts en culture arabe comme Shérif El Ramly ou Omar Adam Sayfo, qui soulignent tous deux l’importance de l’œuvre des frères Frenkel, la réalisatrice construit un film sensible sur un rêve brisé dont le cinéma recolle les morceaux. Le titre est l’équivalent de l’expression française Quand les poules auront des dents. Il renvoie à un futur qui n’aura pas lieu. Pourtant parfois il advient, imprévisible, et comme dans un cartoon, les poules peuvent sourire.

ÉLISE PADOVANI
Décembre 2020

Bukra Fil Mish-mish a été présenté au PriMed, Section Art, Patrimoine et Cultures