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Le Corbusier, fou d’amour pour son art, d’amour pour l’art

Brutale volupté

• 11 octobre 2013⇒22 décembre 2013 •
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Le Corbusier, fou d’amour pour son art, d’amour pour l’art - Zibeline

La dernière grande expo de Marseille Provence 2013, dans le J1 retrouvé, ouvre des espaces à l’art, sous le signe de Le Corbusier.

Qu’en sera-t-il du J1 après l’année capitale ? La réouverture était attendue, mais les premiers jours de l’expo affichent une fréquentation peu comparable à celle de l’expo Méditerranée. Qui précédait celle du MuCEM, qui aujourd’hui attire l’essentiel des foules. Pourtant l’exposition est particulièrement passionnante. Jusqu’au 22 décembre le hangar du Port de Marseille accueille des œuvres de Le Corbusier, architecte, urbaniste, peintre, sculpteur, dessinateur.

La mise en espace de cette exposition intitulée Le Corbusier et la question du brutalisme a été confiée à Jacques Sbriglio, lui-même architecte, scénographe et secrétaire général de la fondation Le Corbusier. L’ensemble du dispositif muséographique, centré dans l’axe du hangar, est légèrement surélevé, et un trait de lumière participe à le détacher du sol, comme la métaphore blanche d’un paquebot intérieur flottant sur le sol noir. Le parcours se déroule simplement le long de l’axe majeur du bâtiment. Des espaces aux formes régulières et rigoureuses se succèdent, un plan coloré s’oppose à une paroi immaculée, un plafond bas alterne avec une double hauteur, des places se forment, le toit du J1 comme ciel.

Se déploie ainsi un espace d’un purisme originel en un double contrepoint au hangar, brutaliste sans le savoir, et aux œuvres, brutalistes de réputation, au moins pour les représentations des œuvres architecturales. Le parcours s’ouvre à intervalles réguliers sur un espace latéral continu, déambulatoire vide et bordé par les baies du hangar. À chaque dégagement, le panorama portuaire explose aux yeux du visiteur, et cette double scénographie grand-ouverte nous montre autant les bateaux à quai que les œuvres aux cimaises ou sur les stèles.

Le Corbusier s’y révèle artiste complet, architecte plasticien virtuose de la lumière. Une lumière qui perce et traverse les œuvres, toutes échelles confondues, et qui creuse ses tableaux autant que l’artisan exécutait les sculptures de l’artiste d’après ses dessins et ses gouaches. Le «brutalisme» notion que Le Corbusier lui-même n’a pas théorisée en architecture, n’a aucun rapport avec la moindre brutalité, la moindre violence. Ce terme fait essentiellement référence à l’état de la matière après qu’elle a été travaillée au moment de l’édification des bâtiments, et c’est principalement dans le béton laissé brut après son décoffrage qu’elle s’exprime. La trace de la planche et les piqûres du gravier comme  poésie de la construction.

On peinera encore plus à trouver la moindre brutalité dans les œuvres peintes ou sculptées, toutes rivalisant de courbes et de couleurs plus organiques et sensuelles les unes que les autres. Si le Corbusier était fou, «fada» comme on le dit du côté du Bd Michelet et de sa magistrale Unité d’Habitation,  c’était d’amour pour son art, d’amour pour l’art.

MAURICE PADOVANI
Octobre 2013

Photo : Marseille, unité d’habitation. Le Corbusier, 1945

Le Corbusier et la question du brutalisme
J1, Marseille

Jusqu’au 22 déc

www.mp2013.fr