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Vu par Zibeline

"Bacchantes" de Céline Minard aux éditions Rivages

Braquage millésimé

Le court polar que nous offre Céline Minard se rit des règles du genre, négligeant d’un revers de plume les tenants et aboutissants et autres constructions cartésiennes qui souhaiteraient apporter des raisons particulières aux faits, ou trouver une cohérence dans les méthodes employées par les personnages pour pénétrer dans les anciens bunkers de l’armée britannique de la baie de Hong Kong, qui abritent la cave à vins la plus sécurisée au monde… Bacchantes, en une petite centaine de pages vivement menées, nous installe au cœur d’un braquage hors normes où sont pris en otages les quelques 350 millions de dollars répartis en grands crus, alors qu’est annoncée l’arrivée du typhon Shanshan.

Le propriétaire, Ethan Coetzer, avait prévu pour l’occasion de réunir ses meilleurs clients afin de vivre un moment privilégié dans l’œil du cyclone… Mais voici trois braqueuses, aux revendications loufoques, (eye-liner, mascara, faux cils, base lumière…), Jelena Drogan, spécialiste en explosifs, Bizzie, clown hyperactive et férue d’architecture militaire, Livia Scilla, experte en pierres précieuses, sont aidées par le rat hyper entrainé de Jelena, Illiad. Les « gangstères » savent apprécier chaque gorgée de vin, en déterminer cépages, années, parfums, teneur, et pourtant n’hésitent pas à jouer aux quilles avec les bouteilles.

Leur propriétaire fera tout pour être enfermé avec ces bacchantes éprises de démesure dans leur condamnation sans concession d’une société marchande qui pervertit tout. Sa manière de déguster en aveugle la carafe proposée nous donne des clés de lecture, et d’écriture : il « [plonge] dans ses sensations, sans essayer d’en appeler à ses connaissances, ses souvenirs, ses réflexes, uniquement mais absolument attentif à ce qui s’annonce, passe, et prend corps dans son corps. Il part. Il descend sur des terres humides et fraîches, sur l’épiderme d’un monde organique travaillé par les météores et les vents… ». Une ode à la transgression jusque dans le final explosif (qui n’apporte aucune solution), en une écriture alerte, précieuse, précise, évocatrice et obscure, claire et énigmatique. Gouleyant !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

Bacchantes Céline Minard
éditions Rivages, 13.50 €