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Brahms magnifié à la Roque d'Anthéron par Adam Laloum et Nicolas Angelich

Brahms-issme

• 10 août 2015 •
Brahms magnifié à la Roque d'Anthéron par Adam Laloum et Nicolas Angelich - Zibeline

La Nuit Brahms donnée à la Roque d’Anthéron offrait le bonheur d’entendre successivement deux géants du piaNuit_Brahms_CGREMIOT_10082015-7[1]no, Adam Laloum et Nicolas Angelich, aux côtés du Sinfonia Varsovia dirigé avec une pure élégance par Robert Trevino. En ouverture des deux parties, l’orchestre seul aiguisait ses gammes avec l’Ouverture de Manfred composée par Schumann sur le romantique et désespéré poème de Lord Byron, puis, très enlevée, l’Ouverture du Don Giovanni de Mozart. Mais le cœur de la soirée reposait sur les deux concertos pour piano et orchestre de Brahms, joués avec une éblouissante verve par les deux pianistes, Adam Laloum pour le n° 1 (1859) en ré mineur et Nicolas Angelich, le n°2 (1881) en si bémol majeur. La facture de chacune des œuvres offre une facette originale et dissemblable de Brahms, la première, en trois mouvements, œuvre de jeunesse, est interprétée (habitée) avec exaltation, mettant en avant les côtés sombres, voire tragiques. Adam Laloum avec son entrée en demi-teinte, sa fusion musclée avec l’orchestre, ses emportements larges, ses retenues à la poésie discrète et douloureuse, le brillant final, transporte le public, auquel il accorde un bis (Intermezzo n°4 extrait des 7 fantaisies op.116 de Brahms) dont la sensible et virtuose éloquence bouleverse.

 

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Exceptionnelle aussi la version du Concerto n° 2 en quatre mouvements, par Nicolas Angelich, son véritable dialogue avec l’orchestre qu’il semble porter, lui accordant une nouvelle profondeur, une sonorité inégalée. Émouvante, au cœur du troisième mouvement Andante, la pureté du chant du violoncelle solo en écho aux arpèges et trilles du piano. De vastes respirations parcourent cette interprétation, alors que des myriades de papillons de nuit, blancs, ivres de sons et de lumières se lancent dans une valse stroboscopique. Le pianiste, malgré ses allures de teddy bear immense, les écarte avec douceur, tandis qu’il nous fait glisser sur les épaules du rêve. Délicate légèreté que l’on retrouve dans la finesse de la Rêverie de Schuman en bis. Une soirée dont on sort éblouis, en harmonie avec le monde.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2015

Nuit du Piano Brahms donnée le 10 août au Parc du Château de Florans dans le cadre du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron.

Photos : © CGREMIOT