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Vu par Zibeline

La Roque d'Anthéron. Derniers concerts du festival 2018

Bouquet final

• 15 août 2018, 18 août 2018 •
La Roque d'Anthéron. Derniers concerts du festival 2018 - Zibeline

Zibeline s’est, comme chaque été, rendu à de nombreux concerts du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron afin de rendre compte, dans ses colonnes, du foisonnement artistique qui y règne, de l’engouement du public qui s’y rend : 75500 spectateurs en 2018 pour 93 concerts programmés sur 15 scènes différentes. Près d’une centaine de solistes (piano, clavecin, jazz, musique de chambre…) et six orchestres symphoniques comptant près de 400 musiciens se sont succédé du 20 juillet au 18 août.

À retrouver sur le site les articles sur : Nicholas Angelich, Nelson Goerner, Nelson Freire avec Lio Kuokman (Sinfonia Varsovia), Aimi Kobayashi, Trio Gidon Kremer, Yulianna Adveeva & Giedre Dirvanauskaite, Nikolaï Lugansky, Boris Berezovsky, Alexei Volodin, Seong-Jin Cho, Gaspard Dehaene, « Nuit » Alexandra Soumm, Sanja & Lidija Bizjak, Jonas Vitaud & Benjamin Levy (Orchestre de Cannes), Yulianna Adveeva & Alexander Sladkovsky (Orchestre National Symphonique du Tatarstan), David Kadouch, Michel Dalberto, Marina Rodriguez-Cusi & Lawrence Foster (Orchestre Philharmonique de Marseille).

Ensembles en résidence

Chaque année, une équipe expérimentée de professeurs accueille de jeunes professionnels qui viennent à la Roque d’Anthéron pour s’aguerrir. Ils étaient une vingtaine, cet été, à suivre les 56 Master classes publiques, tourner « Sur les routes de Provence », participer aux concerts donnés gratuitement ainsi qu’à la Soirée des ensembles en résidence du 15 août (près de 9400 spectateurs en tout !). Coachés par leurs maîtres, les violonistes Olivier Charlier et Jean-Marc Phillips Varjabédian, les violoncellistes Yovan Markovitch et Raphaël Pidoux, les pianistes Claire Désert, Emmanuel Strosser, Christian Ivaldi et Vincent Coq, les « étudiants » (pour beaucoup en « classes » au CNSMD de Paris) ont pu faire apprécier leurs talents dans quelques mouvements de sonates et ensembles de musique de chambre.

Trois duos violon & piano : Fauré sensible pour Bilal Alnemr (beau chemin parcouru depuis que ce jeune Syrien formé à Aix a reçu un violon lors du festival de Pâques en 2014 !) & Jorge Gonzalez Buajasan ;

Prokofiev particulièrement puissant pour Misako Akama & Kishin Nagaï ;

Franck délicieusement aérien avec Brieuc Vourch & Ingmar Lazar (voir www.journalzibeline.fr/critique/lepreuve-du-temps).

Double piano « En blanc et noir » avec Debussy et une belle osmose entre David Salmon et Manuel Vieillard (entente moins sensible dans le final grandiloquent – certes par moments acrobatique – de la transcription pour deux pianos à quatre mains de la Symphonie n°3 joué pas les « maîtres »).

Difficile de se faire une idée des qualités de l’Aurora Piano Quartet sur quelques minutes de Brahms (le trac ne facilitant pas les choses) : Amia Janicki (violon), Natanael Ferreira (alto), Gabriel Esteban (violoncelle), Elio Coria (piano) explorent les voies d’une direction commune dans leur engagement.

Trois belles personnalités composent le Trio Eluard : Théotime Langlois de Swarte (violon), Hanna Salzenstein (violoncelle) et Fiona Mato (piano) ont montré un bel engagement, individuel et commun, dans Mendelssohn.

Belle unité et souffle lyrique dans Schumann pour le Quintette Astreos. Ces cinq jeunes du CNSMD de Paris, Arthur Decaris & Geoffrey Holbé (violon), Jean Sautereau (alto), Albéric Boullenois (violoncelle) et Clément Rataud (premier admis de l’histoire du Conservatoire National parisien à être admis conjointement en danse et piano !) ont un bel avenir à construire.

Adam Laloum en clôture

Dernière flèche du festival le 18 août ! On attendait avec impatience le récital avec orchestre d’Adam Laloum. Un orage en début de soirée avait rafraîchi l’atmosphère et laissé, un moment, planer le doute sur la tenue du dernier concert de l’édition 2018. Un poncho plastifié sur la tête (ou à la main pour les plus optimistes) on a applaudi l’entrée en scène du bien-aimé des pianistes français. Il est de ces artistes capables (à l’image de certains chanteurs faits pour le Lied ou la mélodie, mais sachant trouver une largeur de timbre pour franchir la rampe l’opéra) de passer de l’intimité du récital solo au concerto, demandant davantage de puissance et d’ampleur de jeu. Et il en faut dans le deuxième concerto de Brahms ! Même si par moments, en particulier lorsque le clavier « rivalise » avec l’ensemble symphonique, on aurait aimé davantage de cylindrée, c’est dans les passages, nombreux, où le piano et l’orchestre sont en « fusion », que Laloum s’est exprimé avec le plus d’acuité. Même si certains solistes de l’Orchestre Symphonique d’Odense ne lui ont pas toujours servi la réplique rêvée, le pianiste, dans son écoute sensible, sa recherche constante d’harmonie, a épousé le mystère du discours brahmsien, passionné et interrogateur, en osmose avec sa quête d’amour et d’universalité. Lorsqu’en bis, avec deux moments intimes de Brahms et Schubert, Adam Laloum a retrouvé son jardin favori, le public fut touché… il était là pour ça !

Quelle noirceur macabre dans le final de la « Pathétique » de Tchaïkovsky dirigée par Alexander Vedernikov ! C’est sur les élans passionnés et désespérés du Russe, un retour fatal au si mineur symphonique que s’est achevé le festival, et une très belle interprétation de la phalange danoise. De quoi nous laisser sur notre faim.. et dans l’attente de l’édition 2019 !

JACQUES FRESCHEL
Août 2018

Le 38ème Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron s’est déroulé du 20 juillet au 18 août 2018

Photos © Christophe Gremiot