Bouffonneries franco-italiennesVu par Zibeline

 - Zibeline

Le Couvent des Minimes à Pourrières a eu encore l’audace de nous surprendre pour cette 8ème saison de l’Opéra au village, en associant La Servante Maîtresse de Pergolèse (version française) et Le Tableau parlant de Grétry, reconstituant ainsi la querelle historique. En effet  l’arrivée de la troupe du Signor Bambini en 1752, à Paris, déclencha la Querelle des Bouffons : pour la musique italienne, les Encyclopédistes, coin de la Reine, Rousseau en tête : le chant français n’est qu’aboiement continuel, l’harmonie sans expression! Pour la musique française, coin du Roi, Rameau en chef de file. Et voilà qu’une troupe de bouffons ambulants donne la Serva Padrona à l’Académie Royale de Musique, temple de la musique française ! Quoi, on rit à l’opéra ! s’insurge un correspondant de l’époque. « Peu s’en faut que cette idée me fasse…pleurer ! ». Pamphlets, insultes, lettres… suivent. Pierre Baurans, répétiteur du Collège Louis-Le-Grand, en présente une version française en 1754, rajoutant airs et récits.

Luc Coadou et son septuor instrumental de grande qualité, ont jonglé sur cette version et une édition chant-piano de 1862 adaptée pour Galli-Marié (créatrice de …Carmen !), donnant les élans, les alternances de tempi, de nuances, les couleurs nécessaires. Costumes lumineux, scénographie de Bernard Grimonet, pertinente et efficace, apportent un vrai souffle comique. Pierre Villa-Loumagne, Pandolfe hautain, voix de baryton solide, belle présence, aurait pu adopter une posture plus contrastée, comme le basso buffo de l’Uberto original. Monique Borrelli, excellente  Zerbine, vocalement et scéniquement, rappelle toute l’espièglerie de la Serpina de Pergolèse.

Pour Le Tableau parlant, on retrouve l’esprit de la Commedia dell’arte : le vieux barbon qui veut épouser sa pupille, elle même amoureuse de Léandre. Pierre Espiaut, Cassandre, est très à l’aise scéniquement, malgré certains aigus fragiles. Gwenaëlle Chouquet, ravissante Isabelle, ligne vocale élégante, médium et grave veloutés, aigus planants. Catherine Bocci, est une Colombine sautillante à l’assurance vocale sans failles. Fabrice Alibert, Pierrot, superbe baryton au timbre éclatant. Léandre, Benjamin Auriol, ténor léger, apporte sa naïve sensibilité. Grimonet s’en donne à cœur joie dans la complicité, les quiproquos, le jeu des intrigues. L’ensemble instrumental, dans une écriture harmonique et mélodique plus complexe, motifs des vents en relief et piano aux accents de piano-forte, se donne alors pleinement. Il faut dire que Luc Coadou a réalisé un beau travail d’instrumentation d’après les parties séparées originales : présenter deux ouvrages en français, d’inspiration italienne, aux sources de l’opéra comique, est la signature d’un Festival qui se fait de moins en moins discret, même s’il tient à conserver une convivialité rare, sous les platanes…

YVES BERGÉ

Juillet 2012

 

L’Opéra au Village. Pourrières

La Servante Maîtresse/Le Tableau Parlant

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