Vu par Zibeline

Offenbach à la fête à l’Opéra de Marseille

Bouffe d’Enfer : mesure et démesure !

• 3 janvier 2014⇒5 janvier 2014 •
Offenbach à la fête à l’Opéra de Marseille - Zibeline

Orphée aux Enfers est une bouffonnerie qui stimule l’imaginaire des metteurs en scène : propice à la fantaisie, elle tombe parfois dans une trivialité inopportune. La musique du « Mozart des Champs-Élysées », bien plus riche et subtile qu’elle n’y parait, et le livret du couple Crémieux & Halévy, tout en sous-entendus ignorant l’obscénité, ne méritent pas pareil traitement. Point n’est besoin de vulgarité gratuite, de transformer l’Olympe en orgie fornicatrice, voire incestueuse, les vocalises d’Eurydice en gloussements orgasmiques… pour qu’on apprécie l’ouvrage dans un esprit de fête nimbée de douce folie !

C’est ainsi qu’on goûte à cette réécriture du mythe au temps des fêtes de fin d’année à l’Opéra de Marseille : dans la mesure… et la démesure ! Car c’est avant tout du grand spectacle (comme on en voit finalement rarement) avec un  orchestre complet, des chœurs pros, d’excellents chanteurs et acteurs, costumes et décors luxueux qui s’étagent en profondeurs, jeux de suspensions, de couleurs, et sa dizaine de danseurs n’escamotant pas le Cancan final… On est loin d’une production économe !

On en prend plein les yeux (et les oreilles grâce à la direction énergique de Samuel Jean), sourit aux idées de Claire Servais mêlant la télé-réalité (« Opinion publique » incarnée par Marie-Ange Todorovitch) à l’élucubration mythologique : Pluton (Loïc Félix) est une crapule issue d’un clip de rappeur filant en décapotable infernale. Méphistophélique, il prend le devant de la scène, en négatif d’un Jupiter (Francis Dudziak) tantôt tribun pitoyable d’un cénacle de dieux avachis ou Roi solaire guinchant son Menuet

Tout ce beau monde embarque pour un charter au bout d’un joyeux Enfer, explosant en apothéose dans un ultime tableau barocambolesque, lorsque Eurydice (délicieuse Brigitte Hool) connait l’ivresse des bas-fonds et Orphée (Philippe Talbot) n’en mène pas large avec sa toge d’opérette et sa dérisoire lyre à charmer les bestiaux… On apprécie particulièrement la prestation vigoureuse de Jenifer Michel en Diane teutonne façon « domina » et la poésie qu’Yves Coudray apporte au personnage de John Styx  présenté d’ordinaire comme une brute bourrue et avinée. Un fil rouge qui contribue à rendre à Offenbach une tenue qui lui manquait ces derniers temps !

JACQUES FRESCHEL

Orphée aux Enfers jusqu’au 5 janvier

Opéra de Marseille

04 91 55 11 10 http://opera.marseille.fr/

Photo © Christian Dresse


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