Vu par Zibeline

Prieur de la Marne, Chassol, Ménage à 3, Nasser... et les étoiles

Borderline et sans limite

Prieur de la Marne, Chassol, Ménage à 3, Nasser... et les étoiles - Zibeline

En une décennie, le collectif Borderline a acquis un savoir-faire indéniable pour s’approprier des lieux, créer des ambiances et choisir finement ses artistes. La deuxième édition du Borderfest, au Théâtre Sylvain, n’a pas fait exception. C’est à un ciné-concert un peu spécial que nous convie Prieur de la Marne. Le personnage est en lui-même assez particulier. Derrière le nom de scène emprunté à un héros de la Révolution française se superpose un DJ sur chaise haute, un historien du son et un chroniqueur politique sur France Inter. Amateur de 7e art, son set mêle images cinématographiques et mix audio. Sur l’écran, des extraits du film maudit et inachevé de Henri-Georges Clouzot, L’enfer, de 1964. Romy Schneider et Serge Reggiani revivant leur névrose amoureuse sur une bande son composé Philippe Katerine, PJ Harvey ou encore Depeche Mode en devient aussi troublant que fascinant. L’expérience suivante, elle aussi basée sur une rencontre entre vidéo et musique, met en scène l’aventureux compositeur Christophe Chassol. Avec la même poésie qui caractérise son œuvre inclassable, le pianiste accompagné à la batterie par Mathieu Edward, s’inspire cette fois du roman Le jeu des perles de verre, d’Hermann Hesse. Sur une composition aux accents jazz et pop défilent des images, des sons et quelques paroles, découpés et samplés, pris aux quatre coins du monde, dans une cour d’école, une salle de jeux d’arcade, un terrain de basket ou un parc d’attraction. Le sujet commun : la notion de jeux de mains. Très convaincant.

Le lendemain, après l’excentricité rafraîchissante du groupe Ménage à 3 avec son chanteur queer, c’est au tour de Vendredi sur mer d’investir la scène. Alors que les premières notes s’élèvent dans l’amphithéâtre de pierre, c’est une sensualité rose bonbon, saturée de sucre et de paillettes, qui enrobe les oreilles. La silhouette enfantine et affirmée de Charline Mignot, porte la mélancolie langoureuse d’airs lancinants et rythmés. Voix de velours et paroles acides, cette Venus de la modernité émerge de son coquillage en plastique pour chanter la désillusion romantique et le zapping émotionnel à l’heure du consumérisme amoureux. Sur une instru’ électro douce-amère, elle murmure les amours déçues, heureuses et avortées, avec la résignation sage d’une madone. Psalmodiant des textes, elle se joue des mots, déconstruit les phrases et les sens pour n’en faire qu’une succession de sonorités rebondies et vaporeuses. Tour à tour impitoyable et larmoyant, son premier album Premier Émois, réinvente un tendre contemporain, en cartographiant les méandres de l’état amoureux en dix-sept titres pop et érotiques. Ça a le goût des glaces à la fraises, de la barbapapa et des amours de vacances, le tout saupoudré d’une légère odeur de tabac froid ; un kitsch affirmé et provocant qui semble laisser deviner un cynisme rieur… Une guimauve auditive qui s’évapore avec douceur, pour céder la place à la batterie forcenée et inéluctable de Nasser. Brisant toutes les résistances de l’immobilité, pour nous entraîner dans une mélodie frénétique, le groupe marseillais libère les corps, tandis qu’une basse rassurante soutient nos hanches et nos têtes dans des balancements métronomiques. La nuit aidant, et bercés par les voix rauques et psychédéliques du trio masculin, ce sont des gradins entièrement debout qui dansent et frétillent sans même s’en rendre compte…

SELMA LAGHMARA et LUDOVIC TOMAS

Juillet 2019

Le festival Borderfest a eu lieu les 22 et 23 juillet, au Théâtre Sylvain, à Marseille.

Photo Chassol ©Flavien Prioreau


Théâtre du Centaure
Rue Marguerite de Provence
13009 Marseille
04 91 25 38 10
theatreducentaure.com


Théâtre Silvain
Anse de la Fausse Monnaie
Chemin du Pont
13007 Marseille
04 91 31 40 17
http://www.capsur2013.fr/