Critique: Les grands entretiens littéraires du festival marseillais Oh les beaux jours !
Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Les grands entretiens littéraires du festival marseillais Oh les beaux jours !

Bonjour les auteurs aux Beaux jours !

Les grands entretiens littéraires du festival marseillais Oh les beaux jours ! - Zibeline

Pas de festival littéraire sans rencontres avec les écrivains. Oh les beaux jours ! en a offert de toutes sortes tous les jours. Parmi celles-ci, les grands entretiens, revisités façon OLBJ : une heure et demie de conversation intime ponctuée d’extraits de films, d’images d’archives et de dialogues avec des invités surprises venus rejoindre l’auteur sur le plateau. Et si l’on regrette qu’aucune femme n’ait été invitée à l’exercice, on ne peut que saluer la présence de Philippe Claudel, Laurent Gaudé, Dany Laferrière, Pierre Lemaitre et Laurent Mauvignier.

De belles et grandes rencontres donc, suivies par un public nombreux et réactif, qui ont souvent permis de découvrir l’homme derrière l’écrivain. Ainsi Philippe Claudel. Devenu romancier à 37 ans et réalisateur à 45, il garde de sa jeunesse punk la volonté farouche de « ne pas se contenter de l’ordre du monde ». L’écriture, la réalisation de films lui ont permis, dit-il, de « sauvegarder cette sauvagerie » et de « faire advenir ses rêves ». Un beau programme pour cet homme engagé, qui a longtemps enseigné en prison. C’est là qu’il a rencontré Ali, le premier invité surprise de l’entretien. Échange émouvant entre le « prof » et l’ex-taulard (28 ans de détention), grand lecteur et grand révolté lui aussi. Depuis 2005, Philippe Claudel s’intéresse de près au sort des migrants. Cette question est au cœur de son dernier ouvrage, L’Archipel du chien, tout récemment paru chez Stock, dont il a lu l’incipit. Rien d’étonnant donc à ce qu’il ait aussi invité la responsable de l’Auberge des migrants à Calais. Elle est venue témoigner de son expérience et de la réalité de la « jungle », avant de rejoindre la grande marche de solidarité, abandonnée le temps de ce très vibrant entretien.

Pierre Lemaitre est lui aussi très engagé. Propulsé écrivain à succès depuis Au revoir là-haut (prix Goncourt 2013 ; César 2018 pour l’adaptation cinématographique qu’il en a fait avec Albert Dupontel), il a conscience d’être plus que privilégié, lui qui vit très bien désormais de ses livres et scénarios. Et il n’oublie jamais ses origines modestes, ni les plus humbles de ses contemporains. Proche de la France insoumise, actif auprès du Secours populaire, cet ancien enseignant, devenu romancier à plus de cinquante ans, a d’abord été un grand lecteur, passionné de Dumas, d’Hugo et de Simenon (parmi beaucoup d’autres). D’où son goût pour le polar et le roman d’aventures. Une littérature dite « populaire » qu’il défend et illustre brillamment car elle reflète ce qu’il appelle « l’héroïsme du quotidien ». Un héroïsme qu’il met abondamment en mots et en scène tant il « jubile de raconter des histoires » dans des romans picaresques comme le tout nouveau Couleurs de l’incendie (Albin Michel), ou dans des séries télévisées comme Cadres noirs (une adaptation pour Arte de son roman éponyme paru en 2010). Un entretien passionnant, finement mené par Olivia Gesbert et ponctué d’extraits d’archives, d’interviews, d’un dialogue avec son ami Pierre Assouline et de sa lecture – en deux temps – d’une nouvelle écrite spécialement pour le festival.

De très beaux jours donc, foisonnants, à l’image d’une littérature vivante, qui sans cesse se réinvente.

FRED ROBERT
Juin 2018

La deuxième édition du festival littéraire Oh les beaux jours ! s’est déroulée à Marseille du 22 au 27 mai