L’Opéra au village exhume des partitions et des rires oubliés à Pourrières

Bonheurs oubliésVu par Zibeline

• 23 juillet 2015⇒28 juillet 2015, 23 juillet 2015⇒28 juillet 2015 •
L’Opéra au village exhume des partitions et des rires oubliés à Pourrières - Zibeline

Lorsque l’on pense Léo Delibes ou Jacques Offenbach, les premiers titres qui vous viennent à l’esprit ne sont certes pas Deux vieilles gardes ou La bonne d’enfant… pièces passées à la trappe, même si le succès fut au rendez-vous pour ces deux opérettes en un acte, créées la même année (1856) aux Bouffes Parisiens. Cette année encore, on doit à l’association L’Opéra au village le bonheur de la découverte. Des lieux nouveaux sont investis, laissant en repos le charmant couvent des Minimes, que ce soit la place du Château de Pourrières ou le cadre enchanteur du Château de Roquefeuille et la remarquable sonorisation de sa grande salle. Particularité des partitions, seules ont subsisté les versions réduites pour piano. Luc Coadou, à la direction musicale, a recomposé une version d’orchestre, pour piano (Isabelle Terjan), clarinette (Aurélia Céroni), violoncelle (Virginie Bertazzon) et … un accordéon (Angélique Garcia), qui peut apparaître surprenant et anachronique, mais qui accorde à l’ensemble velouté et profondeur. Deux vieilles gardes est une œuvre de jeunesse de Léo Delibes (il a à peine 20 ans), avec des lourdeurs, un humour un peu gras parfois, mais un sujet léger, farcesque et sans prétention : il s’agit de l’histoire loufoque d’un jeune clerc de notaire, Fortuné, que son oncle veut déshériter au profit de son rival, bien sûr fourbe et menteur. Le jeune clerc feint d’être malade. Une garde-malade, Madame Potichon, est engagée, alors que l’oncle, quand même inquiet pour celui que l’on croit mourant lui envoie une autre garde-malade, Madame Vertuchoux. Les deux commères pillent l’appartement du jeune homme, revendent ses vêtements, et boivent avec allégresse l’alcool disponible. Chants gaillards, danses éméchées… vocabulaire à contrepèterie et joyeuses approximations, avec « Guimauve le conquérant », ou encore «  le bras imputé à la bataille de Wagram »… la recette du rosolio et le duo déjanté qui l’accompagne, « vivent les glouglous !!! »… des « sauterelles dans les jambes » et un air de polka… Bien sûr tout finit au mieux pour Fortuné le bien nommé. Dans l’esprit de la farce encore, les rôles féminins sont attribués à des hommes, les truculents ténors, Guilhem Chalbos et Denis Mignien, tandis que le personnage de Fortuné est dévolu à la soprano Anne-Claire Baconnais. Le temps d’un changement de décor et de costumes, celui de rendre hommage au dévouement et à la qualité des bénévoles, et l’on repart pour un univers un peu plus bourgeois, plus accompli aussi, (Offenbach a 37 ans), pour La Bonne d’enfant sur un livret d’Eugène Bercioux. On retrouve Anne-Claire Baconnais -qui avait su donner une consistance au personnage falot de Fortuné-, dans un rôle de femme, Dorothée, enjouée, mutine, en quête d’un mari, et hésitant entre trois prétendants, Farfouilla (Guilhem Chalbos), fumiste (entendez ramoneur de cheminées), sérieux, mais lourd et « guère joli », Mitouflard (Mikhael Piccone), sapeur de la garnison, beau parleur, mais peu enclin aux demandes en mariage, et le charmant Brindamour, trompette des Dragons, dont la vertu première est de ne jamais apparaître sur scène, donc, paré de toutes les qualités ! Entre les retours inquiets du bourgeois qui scandent l’action, les déguisements, les tentatives de séduction des deux prétendants, les pleurs du marmot, les appels de la trompette et l’annonce de l’heure de la retraite (nous sommes pourtant bien loin de Carmen), l’intrigue va bon train, soutenue par une partition enlevée dans laquelle on reconnaît la patte d’Offenbach. Tout cela est parfaitement maîtrisé, mis en scène par Bernard Grimonet, mené avec une précision de métronome et une jubilation communicative par Luc Coadou. Déjà, on attend le cru 2016 qui devrait nous entraîner vers quelques diableries de haut vol, nous confie-t-il. Avec de tels interprètes, on est convaincus par avance du succès !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2015

Vu le 28 juillet, Château de Roquefeuille (Pourrières)

Photo © MyCL

www.loperaauvilage.fr