Vu par ZibelineRetour sur la 25e édition du Festival cinématographique d’automne de Gardanne

Bonheurs cinéphiles

• 25 octobre 2013⇒5 novembre 2013 •
Retour sur la 25e édition du Festival cinématographique d’automne de Gardanne - Zibeline

Le Festival de Gardanne cultive cette remarquable particularité d’unir le sérieux d’une programmation riche et cohérente dans sa quête de sens sur les remuements du monde et sa convivialité. Le succès ne se dément pas au fil des ans et cette année particulière à plus d’un titre -les 25 ans du festival et la réduction à deux salles pour cause de travaux !- suit la tradition. Sélection internationale bien sûr, avec un focus sur la Méditerranée. On pouvait découvrir ainsi le superbe film palestinien de Hany Abu-Assad, Omar, un Roméo et Juliette contemporain, avec les trahisons, la guerre entre Israël et la Palestine, et des acteurs d’une belle vérité. Millefeuille (Tunisie) de Nouri Bouzid, échappant à tous les lieux communs, évoque sur fond de Printemps arabe la condition de la femme avec deux actrices émouvantes et espiègles, Souhir Ben Amara et Nour Mziou, qui font l’éducation des hommes englués dans les traditions. Fort éloigné des problématiques contemporaines, Météora, film grec de Spiros Stathoulopoulos, évoquait les amours interdites d’un moine et d’une nonne, avec des inclusions de dessin animé comme une icône naïve. Polluting paradise, film turc de Fatih Akin, soulève sous la forme d’un documentaire le problème des catastrophes écologiques et du manque de pouvoir des populations face à la logique d’administrations qui se refusent à oublier le profit immédiat. Une place particulière était accordée à l’Italie. On se régalait avec Chaque jour que Dieu fait de Paolo Virzi et les amours de Guido et Antonia, ou encore on applaudissait la fabuleuse prouesse d’acteur de Toni Servillo qui interprète des frères jumeaux aux trajectoires différentes, dans Viva la Libertà de Roberto Ando. On partait pour des contrées plus nordiques avec un magnifique Oh Boy (Allemagne) en noir et blanc de Jan Ole Gerster, qui narre sur le mode de la Dolce Vita les déambulations désabusées de Niko, jeune Berlinois presque trentenaire. Plus loin encore, Gold (Allemagne-Canada) de Thomas Arslan narre dans les grands espaces canadiens la ruée vers l’or, avec une photographie et une profondeur de champ superbes. On aimait aussi le coup de poing du Géant égoïste de Cloi Barnard (GB) dans une esthétique proche de celle de Ken Loach, tandis que le film Ukrainien La maison à la tourelle d’Eva Neyman rappelle à quel point la guerre, le froid et la faim génèrent égoïsme et cruauté, et que le film argentin Le médecin de famille de Lucia Puenzo évoque les nazis retirés en Amérique du Sud. Des films français aussi, l’émouvant hommage à Guédiguian, Robert sans Robert de Sasia, la plongée en soi avec une caméra épaule de Dominique Cabrera, Grandir, le documentaire remarquablement juste Les enfants valise de Xavier de Lauzanne, Suzanne de Katell Quillévéré, magnifique tant par la caméra que par l’analyse des personnages. Enfin, le prix du public était attribué au film de Gilles Perret, Les jours heureux, sur le conseil National de la Résistance, ses principes, ses détournements dans les discours politiques actuels. Seul point à être oublié, le vote des femmes !

MARYVONNE COLOMBANI

Novembre 2013

La 25e édition du Festival cinématographique d’automne au eu lieu du 25 octobre au 5 novembre à Gardanne

Photo : Gilles Perret et Stephane Hessel, les Jours heureux (c) X-D.R