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Vu par Zibeline

La Gaga Dance au Pavillon Noir

Bonheurs chorégraphiques non-négociables

La Gaga Dance au Pavillon Noir - Zibeline

Trois propositions nous donnaient rendez-vous au Pavillon Noir, offrant chacune une approche de la relation du corps au monde, allant de l’intime à une dimension sociétale et politique. Un point commun, la tradition chorégraphique contemporaine d’Israël, marquée profondément par les recherches de la Batsheva Dance Compagny d’Ohad Naharin, et la fameuse technique de la Gaga Dance.

Les mouvements s’enchaînent avec une fluidité et un naturel qui semblent rendre la performance évidente, traitant avec la même intensité les figures simples ou complexes, en un enchaînement harmonieux. Le pas de deux d’Adi Boutrous interprété avec Avshalom Latucha, It’s always here, portait le sceau gymnique des débuts du jeune danseur-chorégraphe, intimant un rythme soutenu à une pièce qui se joue des stéréotypes de la masculinité, les exacerbe, avant de dessiner une orbe de tendresse salvatrice. Mouvements parallèles, synchronisés, rapprochements, gestes liés où l’un se fond avec l’autre, pour une découverte de soi, épuisée.

C’est par l’humour que l’on entre dans l’univers d’Andrea Costanzo Martini, et son Scarabeo, Angles and The Void.  Mimes, saynètes dignes du cinéma muet, le danseur et son acolyte, Avidan Ben-Glat, couple épique décalé, tel celui d’un Don Quichotte et son Sancho Pança, se livrent à de délicieuses parodies, complicité potache qui laisse place à de fulgurantes envolées, la grammaire classique se trouve déclinée avec justesse puis détournée avec jubilation. Les deux protagonistes entre émulation et entente, s’acharnent, s’exténuent jusqu’à une renaissance, scarabées de l’Égypte ancienne, troquant les vêtements de tous les jours pour le vert pailleté des insectes qui émerge des ombres. Ces expériences alertes où les mouvements accordent aux corps leur justification et leur essence, étaient suivies d’une pièce où la danse théâtralisée rend compte des difficultés du monde contemporain.

Le propos de la danseuse-chorégraphe Ella Rothschild dans 12 Postdated Checks est d’évoquer la crise du logement qui frappe Israël : la pénurie induit une course pour devenir locataire qui mène à des situations grotesques. En une pièce composée comme un poème symphonique, nouvelle acerbe où l’ironie côtoie le tragique, elle mêle solos, pas de deux, mouvements d’ensemble avec des jeunes danseurs du Ballet Preljocaj Junior et du Pôle National Supérieur Danse Cannes-Mougins/Marseille. La traduction du texte anglais du monologue initial proféré par l’agent immobilier, figure diabolique et tentatrice qui mène les jeunes gens à leur perte, est distribuée avec la feuille de salle, afin que tous les spectateurs suivent les évolutions tortueuses de la première partie qui met en place le cadre. Entre spot publicitaire et machiavélique machination, (l’essence de l’un ou de l’autre étant de gruger un tiers) la danseuse avance, ondoiements et ruptures… La foule disciplinée des demandeurs hante l’ombre, en superbes mouvements d’ensemble. La « gagnante » des enchères profite enfin de son minuscule et fonctionnel espace, explorant les possibilités gestuelles que lui offrent les cloisons étriquées… au point d’en étouffer. Reste une « femme en talons aiguilles »… Faut-il avoir peur ?

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

Spectacle donné les 7 et 8 avril au Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Photographie :  Ella Rothschild, 12 Postdated Checks © Gadi Dagon


Pavillon Noir / Ballet Preljocaj
530 avenue Mozart
13627 Aix-en-Provence
08 11 02 01 11
http://www.preljocaj.org/