Le Théâtre des 13 vents à Montpellier accueillait une très belle adaptation de Gulliver

Bon voyage !Vu par Zibeline

Le Théâtre des 13 vents à Montpellier accueillait une très belle adaptation de Gulliver  - Zibeline

Madeleine Louarn et Jean-François Auguste ont choisi d’adapter le troisième Voyage de Gulliver, génial ouvrage de Jonathan Swift édité en 1735. C’est la troupe Catalyse, fondée en 1984 par la metteure en scène au sein de l’ESAT où elle travaillait comme éducatrice spécialisée, qui s’embarque dans l’aventure. Les comédiens en situation de handicap intellectuel, aujourd’hui réunis dans le Centre national pour la création adaptée (Morlaix), lieu d’exception autant par la démarche qu’il impulse que par la qualité des propositions artistiques qui en émanent, ont participé à l’écriture de la pièce.

Et voilà donc Gulliver. Un petit bout de femme aux yeux ronds et combinaison rouge, tout droit échouée sur « l’île flottante ». Quelle bonne idée ! Gulliver, une femme ! Elle se présente aux individus de ce monde à découvrir. Mais personne ne l’écoute ou même ne semble la voir. Trop occupés par leur peur de la fin du monde : « Est-ce que le soleil sera là demain ? ». Pour se rassurer, ils se livrent à des discours embrumés par des références pseudo scientifiques, les savants sont des précurseurs des médecins de Molière, ou des cousins (pas si) éloignés de certains de nos contemporains… L’esthétique du décor nous transporte dans un laboratoire des années 20, celui de Metropolis ou de Frankenstein. Brrrr…. Il est temps de passer dans une autre société, et Manon Carpentier débarque là où on assène que « les excréments trahissent les pensées ». Le trône est surmonté d’un aigle impérial, mais il fait aussi office de lieu de recueil de matières pour des expérimentations franchement scatologiques. La satyre de Swift est développée à son comble, et les deux femmes de la troupe (Christelle Podeur en Cassandre maître yogi) impressionnent par leur force d’interprétation. Le dernier univers, celui des immortels condamnés à errer nus et vidés de toute humanité, « guérit de la peur de mourir ». Ce Gulliver distille un sentiment de réalité prégnant sous la farce ; du théâtre sans filtre, empoigné par des comédien·nes qui nous dévoilent les nôtres.

ANNA ZISMAN
Janvier 2022

Gulliver, le dernier voyage a été joué au CDN Théâtre des 13 vents à Montpellier les 14, 16 et 17 décembre

Photo : © Christophe Raynaud de Lage