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Vu par Zibeline

Le groupe athénien Rebetien conclut les pages romantiques du Domaine du Rayol

Blues urbain face à la mer

Le groupe athénien Rebetien conclut les pages romantiques du Domaine du Rayol - Zibeline

Si le romantisme est l’expression des attentes populaires et ferment des révolutions qui ont embrasé l’Europe aux XVIIIème et XIXème siècles, alors un concert consacré au Rebetiko prend largement sa place en point d’orgue des Soirées Romantiques qui ont célébré cette année les trente ans du Domaine du Rayol, ce merveilleux jardin des Méditerranées, face aux îles du Levant. 

Les quatre talentueux musiciens du groupe Rebetien dont le répertoire s’attache au genre du rebetiko (sic) offraient dans ce cadre hors du temps un concert qui parcourait les grandes années du rebetiko, convoquant les compositeurs des années de l’entre-deux guerres, mais aussi livrant de leurs propres compositions, tel le flamboyant Ballet d’Avgerini Gatsi (accordéon et chant). Né dans les bars du port du Pirée dans la foulée de La Grande Catastrophe (phase finale de la deuxième guerre greco-turque, 1922), et le départ forcé des Grecs d’Asie Mineure, le rebetiko est une musique populaire qui évoque la vie des marginaux et des déracinés et prône une idéologie anti-bourgeoise. Haschisch, vin, prostitution, bandits d’honneur, satire politique, vie ingrate, amours et douleurs, séparations et déchirements, tout se retrouve dans ces chants accompagnés ici par le baglama (version réduite du bouzouki, que les « mangas » (mauvais garçons), pouvaient, dit-on, dissimuler plus aisément sous leur manteau, certains chants de rebetiko étant interdits dans les années 30) de Fotis Vergopoulos, le violon de Giannis Zarias, la guitare de Kostis Kostakis et l’accordéon d’Avgerini Gatsi. Poursuivant pour nombre d’entre eux une longue tradition familiale, les musiciens abordent avec une infinie justesse ces musiques, retrouvant dans les phrasés, les intonations vocales le son des vieux enregistrements, les attaques, les changements de tempo qui permettent d’enchaîner les airs sans pause, avec une note ostinato tenue par l’un des instruments tandis que les autres transforment le rythme. Les influences balkaniques et orientales se fondent ; l’héritage d’Istanbul (ou plutôt de Constantinople ?) se mêle à celui des îles grecques. Les accents des « rebets » (rebelles) se retrouvent là, teintés d’espièglerie. Certes, les thèmes renvoient davantage au domaine amoureux qu’aux diatribes révoltées, racontent la vie quotidienne, déplorent ses aléas et savent ironiser à son propos. La mélancolie des paroles se love dans des rythmes de danses, la tristesse est chantée sur un mode alerte et joyeux. Et c’est là sans doute que le genre du rebetiko est intemporel, dans cette transmutation de l’ombre en lumière. Un hymne à la vie…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2019

Concert donné le 12 août au Domaine du Rayol dans le cadre de ses Soirées Romantiques.

Photographie : Reβetien © Mountzoureas