Vu par ZibelineSarah McCoy : blues majeur et pure présence lors d'un concert mémorable à la Maison des Arts de Cabriès

Blues majeur

• 29 novembre 2019 •
Sarah McCoy : blues majeur et pure présence lors d'un concert mémorable à la Maison des Arts de Cabriès - Zibeline

Sarah Mc Coy a 34 ans et une légende de dingue de la déglingue qui l’accompagne. Résumé : punkette à chien, elle se fait virer de la maison par sa mère, qui « a sombré en religion » peu de temps après la mort de son père. Elle devient vagabonde, elle se drogue et elle picole, apprend à jouer le blues avec des hippies sur les routes des Etats-Unis, depuis la Caroline du Sud, Charleston, d’où elle est originaire, jusqu’à Monterey, Californie. Puis demi-tour et direction la Nouvelle-Orléans, Louisiane. Ville dans laquelle, après une période de manche sur la Frenchmen Street, elle se fait embaucher au Spotted Cats, cabaret mythique où elle continue de boire beaucoup, tout en hurlant son blues au piano. Un blues qui donnera, en 2012,  la chair de poule à un français qui deviendra son producteur, le documentariste Bruno Moynié. Quelques mois après, c’est la France, et même si l’hiver à Paris, dit-elle en souriant, lui donne des pulsions suicidaires, elle enchaine les concerts dans l’hexagone, encensée par la critique spécialisée, qui la compare à Tom Waits, Aretha Franklin, Big Mama Thornton, Kurt Weil, Janis Joplin, Nina Simone… En janvier dernier, elle  sort Blood Siren, son premier album, produit par Chily Gonzales et Renaud Letang – il y a pire comme producteurs.

Et bien elle était là, Sarah Mc Coy, tout près de Marseille, le vendredi 29 novembre, au piano de l’auditorium de la Maison des Arts de Cabriès, pour un concert programmé avec La Méson. Ambiance intime tout en voilages et lumières tamisées. Elégante, elle pose son verre de vin, et donne le ton, avec Boogie man, ce monstre qui te guette sous ton lit, toutes les nuits, et veut t’attraper. Elle dit que c’est elle, ce monstre sous le lit, et qu’il ne s’agit que de ça dans sa vie, comme dans ses chansons : la distance entre elle et son désir, inaccessible.  Puis elle déroule les chansons de son album, prenantes, qui disent sans fioritures ses déchirures, le chaos en elle, sans jamais se victimiser. Introduite chacune, sur fond de dépression et d’auto-dérision, par une mise en contexte touchante, dans un français amusé, en cours d’acquisition. Sa sensation d’être un monstre, d’avoir été « une connardesse », une mauvaise personne. Ses regrets vis à vis de sa mère, son enfermement dans la solitude. Une chanson vacharde pour tous ses ex. Une autre sur la reine de beauté, fantasme de femme laide, qu’elle dit qu’elle est. Sa danse avec le diable. Elle réagi au quart de tour aux interpellations du public, s’invective pour ne pas se déconcentrer, s’amuse et parle à ses seins énormes qu’elle replace sous sa chemise en leur demandant de rester tranquilles. Elle chante et joue tout ça, cette mise à nu, impressionnante de puissance, de maitrise et de lâcher-prise. Il y a chez elle comme un magma en fusion avant qu’il ne devienne, peut-être, une terre fertile. Accrochée à son piano, arrimée à sa voix, qui a des profondeurs douces, graves, enveloppantes, mais aussi des éclairs, des coups de poing, des tonnerres, des ouragans, des tsunamis. Les émotions circulent du piano à sa voix, de sa voix au piano, en traversant son corps de montagne, qui tangue sous leur force. Du blues majeur, une pure présence, un concert mémorable.

MARC VOIRY
Décembre 2019

Photo : Sarah Mc Coy -c- @ God Save The Screen

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