Critique: FadoRebetiko Project à la Cité de la Musique
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Vu par Zibeline

FadoRebetiko Project à la Cité de la Musique

Blues des suds

FadoRebetiko Project à la Cité de la Musique - Zibeline

Le groupe FadoRebetiko Project, fondé par la pianiste, chanteuse, interprète, compositrice, Kalliroi Raouzeou aborde avec talent depuis 2013 les univers du rebétiko et du fado. La nouvelle création de l’ensemble, Marika, rend hommage à l’une des premières chanteuses de rebétiko, enregistrée aux États-Unis (1918), Marika Papagkika. Le rebétiko, cette musique originaire d’Asie mineure, importée en Grèce par les populations grecques chassées de Turquie dans les années 20, fut d’abord celle du monde des « Rébétès », issus du lumpen prolétarien des banlieues urbaines. Certains rebétikos furent d’ailleurs interdits sous la dictature de Metaxás dans les années 30, avant de se plier aux codes sociaux, remplaçant les termes de haschisch ou d’alcool par ceux des peines d’amour… Ainsi, le fado des quartiers populaires de Lisbonne dut se cantonner dans l’expression de la passion, la saudade, la nostalgie, la tristesse, les textes revendicatifs étant censurés par la dictature de Salazar.

Le programme présente avec subtilité les diverses facettes de ces chants, avec, comme en exergue, un clin d’œil au blues avec le superbe Lonely woman of Smyrne sur une musique d’Ornette Coleman. Entremêlant avec la même justesse les airs de fados et de rebétiko, puisant dans les versions traditionnelles autant que dans les créations contemporaines, le FadoRebetiko Project sait créer un monde poétique, où chaque instrument est aussi soliste, improvise comme sur une trame de jazz, tisse de superbes contre-chants, se glissant avec délices dans les différents modes, orientaux, balkaniques, occidentaux… Virtuosité de la contrebasse (Nicolas Koedinger), des guitares (Jérémie Schacre), du bouzouki (Jean-Marc Gibert, aussi à la guitare et à certaines compositions), du piano, délicatesse et profondeur de la voix chaude de Kalliroi, qui resitue les morceaux avec une fine précision. Un petit bijou, dans un clair-obscur de « téké » (café des rébétes), où la mère de la chanteuse vient la rejoindre pour une dernière chanson.

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

Concert donné le 30 mars à la Cité de la Musique, Marseille

Photographie : Fado rébetiko © Muriel Despiau

 


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