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Vu par Zibeline

"Blanche-Neige ou la chute du Mur de Berlin" : et le miroir dictateur sera brisé

Blanche-Neige : le compte est bon

C’est l’une des tendances actuelles, que de chercher à abolir les frontières entre les genres et les disciplines. Cela provoque souvent en effet un grand bol d’air : possibilités de jeu accrues, narration multipliée, dispositifs inventifs que le public investit ici ou là, langage nouveau à inventer.

La Cie La Cordonnerie pratique l’hybridation entre théâtre et cinéma depuis déjà une quinzaine d’années, et si le mélange est parfaitement dosé, c’est aussi parce que Métilde Weyergans et Samuel Hercule tendent vers l’abolition de la frontière entre les publics. Ils s’approprient et réécrivent des contes (considérons après tout qu’Hamlet ou Frankenstein sont aussi des récits universels adressés à tous), qu’ils installent dans une période presque contemporaine (ils préservent un décalage avec le pur présent, créant une atmosphère vintage bienvenue). On pense bien sûr à Joël Pommerat, et tant mieux.

Blanche-Neige vit au dernier étage d’une tour HLM baptisée « Le Royaume ». Elle se débat dans sa vie d’adolescente ; le père a fui et la mère est morte lorsqu’elle avait trois ans. C’est la fin des années 80, le Mur de Berlin commence à vaciller, et sa belle-mère est toujours plus inquiète le matin devant son miroir. Elle est fatiguée, son métier d’hôtesse de l’air est ingrat, et la quarantaine entame son travail de sape sur son visage.

Deux comédiens (les metteurs en scène et réalisateurs du film) et deux musiciens (Timothée Jolly et Florie Perroud) sur scène ; sur l’écran (film très bien léché, un « vrai film », quoi), Blanche apparaît dans sa belle jeunesse révoltée ; il y a son copain Abdel aussi, un policier chasseur à ses heures, la belle-mère, toujours, des nains de jardin, des pommes d’amour. Les voix et les bruitages se font en direct par les comédiens, les accessoires arrivent sur un tapis roulant (celui pour les valises de l’aéroport) et là encore, tout se mélange, puisque le son d’un sèche-cheveu devient le moteur d’un avion. Le Mur va tomber, et le miroir dictateur sera brisé.

ANNA ZISMAN
Janvier 2019

Blanche-Neige ou la chute du Mur de Berlin a été joué du 14 au 16 décembre au Théâtre Jean-Claude Carrière, Domaine d’O, Montpellier

Photo : Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin © Sébastien Dumas


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