L'art de bien manger en Méditerranée, avec Le grand Mezzé, nouvelle exposition semi-permanente du Mucem

Bien mangerVu par Zibeline

• 2 juillet 2021⇒31 décembre 2021 •
L'art de bien manger en Méditerranée, avec Le grand Mezzé, nouvelle exposition semi-permanente du Mucem - Zibeline

Dans la Galerie de la Méditerranée, une nouvelle exposition semi-permanente consacrée à l’alimentation.

On peut enfin voir Le grand Mezzé à la Galerie de la Méditerranée, l’espace réservé aux expositions semi-permanentes du Mucem. Gardé au chaud depuis les premières vagues de Covid, portant le nom des hors-d’œuvre servis en Grèce ou au Moyen-Orient, il est consacré à l’alimentation méditerranéenne, ce fameux régime crétois inscrit par l’UNESCO au patrimoine immatériel de l’humanité en 2010. Fruits, légumes, céréales, légumineuses, ail, huile d’olive, très peu de chair animale… sa formule équilibrée a fait la preuve depuis des siècles de ses bénéfices pour la santé humaine.

Le grand Mezzé a été préparé par Édouard de Laubrie, responsable du pôle « agriculture et alimentation » du musée, assisté d’un historien d’art, Lucas Gomez. Le parcours débute avec Ancel Keys, physiologiste américain qui publia en 1956 une étude sur les bienfaits de la diète méditerranéenne au niveau cardio-vasculaire. « Ses travaux ont eu un tel écho, explique une guide à une classe de collégiens, que des USA à l’Allemagne, du Chili à la Scandinavie, tout le monde a voulu s’y mettre… et manger des tomates en hiver. » Pas sûr que tous les jeunes sachent comment pousse un légume : d’où le puissant intérêt de leur parler du rythme des saisons, des dérives de la mondialisation, de l’agriculture intensive destinée à l’exportation qui est venue remplacer trop d’exploitations vivrières à taille humaine, souvent familiales.

Oui, mais pas des Panzanis !

Avec intérêt, les collégiens observent les savoir-faire culinaires traditionnels que le Mucem, héritier du Musée national des arts et traditions populaires, a pour mission de préserver. « On ne prend souvent plus le temps de cuisiner, leur dit la guide, pourtant les plats faits à la maison sont bons pour le corps et la planète, étant de meilleure qualité et impliquant une moindre consommation. » Sur écran, des mains pétrissent, façonnent, émiettent, découpent pâtes à l’italienne, feuilles de bricks ou graine de couscous maghrébines. « Ma grand-mère les fait comme ça ! », s’exclame l’un des visiteurs.

Un peu plus loin, une vitrine en forme de rayon de supermarché expose chips Lay’s, taboulé Garbit, raviolis Panzani… Contraste ! L’accompagnatrice apprend à lire les étiquettes de la malbouffe, pointe du doigt la photographie d’un immigré marocain cueillant des tomates vertes à la tonne, dans l’une des énormes exploitations espagnoles qui alimentent le marché mondial*. Sont évoquées les menaces de ce modèle agricole sur les ressources en eau, alors que le chaos climatique s’accélère.

Pour montrer que ces pratiques ne sont pas une fatalité, que d’autres goûts existent, à la fin de l’exposition, une carte du collectif de plasticiens SAFI répertorie les espèces comestibles et les lieux de cueillette à Marseille. Désormais, les jeunes connaîtront l’immortelle, dite aussi curry provençal, le mûrier de vers à soie, le brocoli sauvage… Tout cela pousse entre les tours des cités HLM.

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2021

* Lire à ce sujet L’empire de l’or rouge, enquête mondiale sur la tomate d’industrie, par Jean Baptiste Malet, récompensé par le prix Albert-Londres en 2018 (éditions Fayard).

Le grand Mezzé
Mucem, Marseille
04 84 35 13 13 mucem.org

Photo : Carte de cueillette du Collectif SAFI (c) G.C.


Le Mucem expose tous azimuts !

Depuis sa réouverture post-confinement, le musée des civilisations, de l’Europe et de la Méditerranée présente de nouvelles expositions. Retours ici sur Les Résistances de A à Z, Déflagrations. Dessins et violences de masse, Civilization – Quelle époque !, et Le désir de regarder loin.

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org