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Vu par Zibeline

Andy’s gone, une Antigone du XXIe siècle, texte chargé de résonance lors de la représentation à Béziers

Béziers portes ouvertes

Andy’s gone, une Antigone du XXIe siècle, texte chargé de résonance lors de la représentation à Béziers - Zibeline

La cité est en état d’urgence. Une catastrophe climatique s’annonce. Des masses de migrants se pressent aux portes de la ville. Les habitants sont sommés de se rendre dans une salle communale. Stupeur et panique.

Nous sommes à Béziers. Réfugiés dans le foyer du collège Lucie Aubrac. Assis par terre, nous écoutons les sons du chaos dans un casque. Le danger est imminent. Heureusement, les murs sont hauts, la ville est à l’abri des malheurs du monde. Il suffit d’y rester confiné.

La reine Régine arrive, éplorée et digne. Henri est mort, mais la sécurité est assurée pour l’ensemble des habitants de la cité. Elle parle bas, sa voix nous parvient dans le creux de nos oreilles, ses mots sont solennels et lyriques. Mais une autre voix, juvénile, en colère, tente de couvrir le discours de la reine.

C’est la princesse Allison, qui pleure une autre mort, celle d’Andy, le rebelle, qui n’a pas eu droit à des funérailles. Elle surgit dans la pièce, enjambe les spectateurs. « Coupez les micros ! », ordonne Régine en se précipitant vers Julien Bouffier, le metteur en scène qui mixe le son à la table de régie. Il lance un morceau langoureux, la voix envoûte, mais on enlève les casques pour essayer d’attraper en direct des bribes de ce qui déchire les deux femmes. La musique censure les mots.

Allison est une Antigone du XXIe siècle. Butée. Téméraire. Et Régine est Créon. Le texte a été écrit pour la création du spectacle par la jeune auteure québécoise Marie-Claude Verdier. Zoé Martelli incarne la jeunesse, la révolte, la douceur aussi, lorsqu’elle évoque son Andy, avec qui elle graffait les murs de cette ville qu’elle refuse de voir comme assiégée, mais plutôt comme un bastion d’un pouvoir rance et frileux qu’il faut bousculer. Vanessa Liautey, en reine fière et belle, oscille entre morgue et désarroi qu’il faut cacher, face à ce peuple, nous, les spectateurs, passif, craintif, ignorant des arcanes du pouvoir.

Les comédiennes serpentent entre les élèves, les parents, le personnel de l’établissement. Trois néons blancs diffusent une lueur froide sur les visages et les décorations des murs de la salle du foyer. Allison et Régine s’écroulent parfois parmi nous, terrassées. On se laisse absorber dans l’écoute de la composition musicale de Jean-Christophe Sirven, omniprésente dans les casques. On retrouve le style de Julien Bouffier, entre théâtre et atmosphère télévisuelle. Allison résiste. Face à Régine, qui réclame « plus de murs, plus de tours », elle lui balance, du haut de sa magnifique jeunesse : « T’es juste une fucking fonctionnaire, une fucking esclave ! »

Les mots claquent. « Je les laisserai entrer tous ! ». Dans l’enclave du collège biterrois, cela sonne comme un souffle régénérant.

ANNA ZISMAN
Décembre 2016

Andy’s gone a été joué les 15, 22, 27 novembre et le 2 décembre dans plusieurs collèges de l’Hérault, dans le cadre de Collèges en tournée, initié par le Département de l’Hérault

Photo : © Marc Ginot