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16e édition du festival Image de Ville : convergences de regards sur Beyrouth

Beyrouth, ville palimpseste

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16e édition du festival Image de Ville : convergences de regards sur Beyrouth - Zibeline

Le 15 novembre au Conservatoire Darius Milhaud à Aix, pour sa soirée d’ouverture dédiée au grand géographe récemment disparu Marcel Roncayolo, la 16e édition du festival Image de Ville proposait un entretien entre Marc Barani et Lamia Joreige autour de Beyrouth. L’architecte niçois de renommée internationale, concepteur du Mémorial du Premier Ministre Rafic Hariri, et la plasticienne vidéaste, dont le travail ne cesse d’interroger la Mémoire de sa ville, ont pendant plus d’une heure croisé leurs expériences de la Capitale libanaise, faisant naître de passionnantes convergences. Esquissant le portrait subjectif d’une ville millénaire, en mutation galopante, où la paralysie coupable du pouvoir laisse champ libre aux spéculations privées. Où, après la guerre civile (1975 à 1990), l’assassinat de Hariri en 2005, les bombardements israéliens de 2006, les affrontements de 2008, l’arrivée massive des réfugiés syriens en 2012, la crise des ordures, les désillusions de toutes sortes, le présent se consomme avec énergie et désespoir. C’est autour des notions de fragments, de palimpseste et d’horizon que l’homme de « la Science des correspondances sensibles », comme se définit l’architecture dans la tradition orientale, et l’artiste libanaise se sont pleinement retrouvés. Comment aborder la représentation de la guerre face à l’absence de débat public si ce n’est par le fragment, par les histoires, les imaginaires, les espaces sensoriels de chacun ? Comment, face à l’impossible politique patrimoniale due aux lectures divergentes des populations chiites sunnites et chrétiennes de la Cité multiconfessionnelle, conserver une mémoire collective ? La mixité de la ville s’est disloquée dans l’espace et même dans le temps pour ceux qui sont partis et revenus. Beyrouth est une multitude de fragments qui bougent sans cesse. Personne n’a l’ambition de la comprendre globalement. Les dispositifs artistiques de Lamia Joreige le traduisent, comme ils révèlent une ville palimpseste dont le territoire se rature, se gratte, dévoile des écritures sous d’autres écritures. Un palimpseste qui ouvre le présent aux couches historiques passées à l’infini pour réactiver les mémoires. Quelques extraits des films de L. Joreige ont illustré ces considérations, donnant une furieuse envie de les découvrir en intégralité dans la suite de la programmation. Et les photos du Mémorial de Marc Barani, dont la genèse depuis 2005 et la réalisation éclairent aussi le fonctionnement de la cité libanaise, ont confirmé le talent et l’intelligence de cet architecte auquel le Festival a par ailleurs donné une carte blanche.

ELISE PADOVANI
Novembre 2018

Photo : Luc Joulé, Lamia Joreige et Marc Barani © Christine Dancausse