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Benjamin Grosvenor s'est produit au Palais Neptune pendant le Festival de Musique de Toulon

Benjamin aux mains d’or

  Benjamin Grosvenor s'est produit au Palais Neptune pendant le Festival de Musique de Toulon - Zibeline

Pour le dernier concert de sa saison hivernale, le Festival de Musique de Toulon accueillait le jeune pianiste britannique Benjamin Grosvenor au Palais Neptune, pour un récital électrisant. Entamant son programme par un répertoire très idiomatique du piano romantique avec Blumenstück, op.19 puis la monumentale suite Kreisleriana, op.16, toutes deux de Schumann, la maturité du jeu de ce prodigieux interprète de 26 ans frappait d’emblée l’auditoire. Concentré à l’extrême dès le début de la soirée, sans aucune esbrouffe et avec une décontraction bluffante, il y maîtrisait à la perfection les changements d’atmosphère très symptomatiques du style du compositeur. En distillant une musicalité aux phrasés limpides, il soulignait les contrastes dynamiques avec une facilité déroutante. La trame mélodique en ressortait avec une évidence rare.

En deuxième partie, le programme commençait au début du XXe avec deux univers encore très singuliers. Dans l’étrange Sonate « 1er Octobre 1905 » op.22 en deux mouvements de Leoš Janáček, son touché, mélange subtil de violence et de délicatesse félines, faisait exploser l’œuvre de couleurs sonores dévoilant une richesse harmonique insoupçonnée et rarement entendue sur un Steinway de concert. Ce foisonnement compensait avec bonheur le manque de troisième mouvement. Le miracle se reproduisait un peu plus tard dans une sélection par l’interprète de 12 des 20 Visions Fugitives op.22 de Sergei Prokofiev. Sa vision analytique des pièces choisies en soulignait toute la poésie sonore en clair-obscur aux confins de la tonalité. Pour terminer son concert, le sujet de sa majesté expédiait avec une facilité sidérante les Réminiscences de Norma de l’expert en transcriptions qu’était Franz Liszt. Sa technique infaillible venait à bout de ce répertoire à la virtuosité monumentale voire transcendante, le tout ressemblant presque à une démonstration. Un sans faute couronné de deux rappels tout aussi somptueux…une merveille.

ÉMILIEN MOREAU
Mai 2019

Le concert a été joué le 13 mai au Palais Neptune de Toulon

Photo : Benjamin Grosvenor © Paul Allen OperaOmnia