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Vu par Zibeline

Anima Théâtre reprend Orange Mécanique en marionnettes

Belle mécanique

Anima Théâtre reprend Orange Mécanique en marionnettes - Zibeline

Orange mécanique est un film culte qui date de 1972 : les plus jeunes ne l’ont pas forcément vu. C’est donc l’esprit vierge ou presque qu’ils abordent le spectacle créé cette année par Anima Théâtre. Le metteur en scène Georgios Karakantzas s’inspire d’ailleurs directement du roman original publié par Anthony Burgess en 1962, « sans mettre à l’écart l’esthétique du film ».

Il procure ainsi un frisson, aux premières notes de Beethoven, à ceux qui l’ont vu et revu. Mais permet surtout aux spectateurs « innocents » –Mécanique est destiné aux adolescents à partir de 13 ans- de se confronter à l’histoire puissante d’Alex, jeune malfrat violeur et meurtrier, utilisé comme cobaye dans une procédure déshumanisante.

La violence est au cœur du récit, oscillant entre la pulsion agressive des individus et la brutalité froide, utilitariste, qui met la médecine au service du pouvoir politique pour « transformer les sauvageons en agneaux ». Les questions ne manquent pas de fuser à la fin de la représentation. Est-ce difficile de jouer quelqu’un de si violent ? « Il est monstrueux mais sympathique. Cela nous interroge sur nous-mêmes, sur ce que l’on trouve sympathique » répond Georgios Karakantzas, tandis que Stéphane Miquel précise sa mission d’acteur : « au moment où tu joues le personnage, tu ne dois pas le juger, simplement agir comme il le ferait ».

Le travail de la compagnie est basé sur l’art de la marionnette, particulièrement judicieux pour traiter un tel sujet. Plus métaphorique que le cinéma, il permet de montrer la violence, « mais pas de manière directe ou explicite ». On voit une figurine de vieillard revenant paisiblement de la bibliothèque se faire tabasser, on comprend parfaitement de quoi il retourne, mais on n’absorbe pas sans filtre l’horreur de la scène.

Cet aspect nuancé fonctionne à merveille avec le jeune public, qui relève à quel point la technique est au service de l’histoire : le dispositif de vidéo en plan incliné, jouant de transparence et de reflets, est impressionnant, et les mains se lèvent pour demander au marionnettiste (Hugues Christianini) comment il procède. Avec subtilité, comme tout le reste de l’équipe.

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2018

Mécanique s’est joué les 8 et 9 décembre au Théâtre Massalia, dans le cadre du Marché noir des petites utopies à Marseille

Photo : © Hugues Christianini


Théâtre Massalia
41 Rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 70
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