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Vu par Zibeline

La Femme rompue : un puissant corps à corps entre Josiane Balasko et le texte de Simone de Beauvoir

Beauvoir, Balasko et le Canapé

La Femme rompue : un puissant corps à corps entre Josiane Balasko et le texte de Simone de Beauvoir - Zibeline

Le trio théâtral conçu par Hélène Filières peut tenir en ces trois noms et un espace circonscrit par un rectangle de lumière plus ou moins éclairant. Sa mise en scène fait place nette au texte cru de Simone de Beauvoir et à la présence monolithique de Josiane Balasko. D’un pas traînant elle s’avance lourdement vers le canapé. D’une voix oscillant entre rage et désespoir, parfois monocorde, l’actrice s’approprie la parole enragée de Juliette, cette femme intransigeante brisée par les coups du sort, immergée dans un vide affectif et familial abyssal. Publiée en 1967, la nouvelle La Femme rompue* est d’une violence inouïe sur le sexe, le foutre et tous les cocufiés de la planète misogyne, envoyée à la face du spectateur comme un uppercut. Josiane Balasko encaisse les coups dans une sorte de paralysie physique tandis que les mots jaillissent en vagues successives, tantôt dans un souffle éreinté, tantôt dans un débordement convulsif. Rocailleuse, syncopée, sa voix joue à armes égales avec son corps : pieds nus, T-shirt noir laissant entr’apercevoir la chair de son ventre, les traits comprimés de son visage dur comme une pierre, assise ou allongée, de face ou de dos. Tout son corps n’est que paroles : il invective « salauds, salauds », il maugrée, engueule, gémit, pleure, exulte d’un rire irascible. Car il n’y a décidément rien de comique dans sa vie, ni la mort qui lui a arraché sa fille, ni la séparation d’avec son fils. La rigueur de la mise en scène souligne les angles de sa pensée batailleuse et les saillies du verbe qui lui vont comme un gant. Juliette ne fait pas de concession, pas de comédie… Par cette nuit de Noël où les familles dégustent la dinde farcie, l’emmerdeuse s’ennuie ; elle craint de crever seule ; tant de ressentiments lui donnent la rage au ventre ; dans cette « saloperie de monde » où elle se débat, la solitude est sa hantise. Un effroi commun à tous qui fait que l’on referme le « livre-spectacle » dans un ouf de soulagement, anéanti par la prouesse de ce binôme exclusivement féminin.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2017

*Recueil de trois nouvelles avec Le Monologue et L’âge de discrétion

La Femme rompue a été joué du 16 au 19 mars à Châteauvallon-scène nationale, à Ollioules

Photographie : La Femme rompue © Pascal Victor


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com