Vu par Zibeline

Un bref moment d’héroïsme de Cédric Fabre, une humanité qui ne se résigne pas au pire

Baston générale ?

Un bref moment d’héroïsme de Cédric Fabre, une humanité qui ne se résigne pas au pire - Zibeline

Le poing fermé sur la couverture l’annonce : ça va cogner. Et ça cogne. Dur. Cogne le prologue qui jette le lecteur au ras du sable tunisien, en plein attentat terroriste. Cogne la première phrase de Lang, le narrateur : « Son poing me défonce la mâchoire, j’ai au moins une dent déchaussée, peut-être deux, […] je connais même pas le nom de la moitié des os qu’il est en train de me pulvériser… ». Bref, dès le début, on y est, dans la « foire à la baston ». Car Lang et ses potes sont adeptes du fightmob, la « performance publique ultime », qui consiste à « se fracasser ensemble au milieu des foules », histoire de montrer qu’on n’a « plus peur de prendre des coups », qu’ « on se réapproprie ce qui nous appartient et tout ce qui nous est commun, le pavé, la hargne, la lutte, notre corps et toute sa force… ». Le Marseillais Cédric Fabre écrit des fictions violentes comme l’est l’époque, dans une langue percutante, vibrante d’humour caustique et d’accents  rock. Il y règle ses comptes avec une ville qu’il aime et déteste à la fois. Son dernier roman Un bref moment d’héroïsme puise aux mêmes sources que les précédents : rage et insoumission. Mais il se déploie plus haut. Car, au-delà des parties de cache-cache avec la police, au-delà de la satire toujours virulente des politiques locaux, il raconte des retours à la vie. Celui de Lang, ancien reporter de guerre qui a remisé ses appareils photo et semble ne plus rien faire que méditer à vide. Celui d’Awa et de son fils Arsène. Celui de Maurice, alias Old Mo. Cédric Fabre crée des personnages originaux et attachants, qu’il relie par des fils inattendus. Alors, malgré tous les deuils, toutes les violences évoquées, malgré le pessimisme foncier d’un narrateur-philosophe plutôt désabusé, on se sent porté. Comme si, même au bord du chaos, un avenir était possible. Comme si tout le monde pouvait connaître ce « bref moment d’héroïsme, quand tu parviens à reprendre possession de toi, de la meilleure partie de toi. » Un roman émouvant, plein d’une humanité fière de ne pas se résigner au pire.

FRED ROBERT
Mai 2017

Cédric Fabre, Un bref moment d’héroïsme
éditions Plon, Sang Neuf, 17 €