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L’opéra Les Noces de Figaro

Bas les masques!

L’opéra Les Noces de Figaro - Zibeline

Noces de coton pour l’Opéra Confluence qui ouvre en fanfare sa saison 2, « hors les murs », avec un Mozart de toute beauté!
Point d’argent, d’or, de diamant pour les Noces de Figaro qui fête pourtant ses 232 ans ! Aucun métal, si précieux soit-il, ne pourra qualifier cette œuvre pétillante, lumineuse, hors catégorie, sur qui le poids des ans n’a pas de prise et n’altère en rien l’éclat de sa jeunesse. Car le temps défile, inéluctablement, les actes s’enchaînent, le théâtre se déchaine dans un entrelacs de mélodies sublimes entrainant l’auditeur dans cette farce échappant à toute caricature où les relations humaines  se nouent et se dénouent jusqu’à l’épilogue, quand les masques tombent. Mozart, avec une acuité formidable, cristallise la fin d’une époque, scrute à la loupe une société qui se transforme, trois ans avant 1789. Ce basculement, Stephan Grögler, dans une mise en scène simple mais efficace, l’a mis en avant, en atteste dans l’acte III ce lustre magnifique et immense qui gît au sol, dans un espace saturé d’objets en déséquilibre. Ce basculement, les chanteurs l’ont incarné, tant dans l’élégance, la finesse de Suzanne, magnifique Norma Nahoun que dans la nostalgie teintée d’émotion de la comtesse, Maria Miró à la voix ronde et suave, touchante en femme trahie, ou encore dans la théâtralité, l’énergie de Figaro, Yoann Dubruque inspiré ! Et que dire du Comte, immense, dans tous les sens du terme, David Lagares à la voix puissante, timbrée, figure parfaite d’une noblesse qui use et abuse de ses privilèges. Contraste saisissant avec Chérubin, Albane Carrère, touchante dans sa voix jeune, fragile, mâtinée d’ingénuité. Toute la distribution, de Marcellina (Jeanne-Marie Lévy) à Barbarina (Sara Gouzy)… à l’Orchestre Régional Avignon-Provence, au Chœur… mérite un accessit tant tous les acteurs ont été au diapason, rendant cet opéra buffa majuscule. Enfin un grand bravo au chef, Carlos Aragón, tant pour sa direction que pour la tenue de la basse continue au clavecin ressuscitant tout l’esprit de l’époque dans des petites phrases improvisées délicieuses et pleines d’esprit comme les aimait Mozart.

CHRISTOPHE FLOQUET
Octobre 2018

L’opéra Les Noces de Figaro a été joué les 21 et 23 octobre à l’Opéra Confluence d’Avignon.

Photo : (Les noces de Figaro) Yoann Dubruque © Cedric Delestrade ACM Studio 2