Exposition Barthelemy Toguo, au carré Sainte-anne, à Montpellier

Barthelemy Toguo, le monde en face

• 22 juillet 2015⇒6 novembre 2015 •
Exposition Barthelemy Toguo, au carré Sainte-anne, à Montpellier - Zibeline

Le Carré Sainte-Anne, à Montpellier, accueille Déluge de Barthélémy Toguo, sous le commissariat des Amis du Musée Fabre : quand la douceur de l’aquarelle s’affronte aux désastres du monde

Quelque chose vient nous happer dès l’instant où l’on passe le seuil de la nouvelle exposition du Carré Sainte-Anne. Barthélémy Toguo nous entraine et nous emporte dans un tourbillon, un maelström dont on n’ose s’avouer qu’il nous serait trop connu : l’aujourd’hui du monde, la violence des hommes, la menace des éléments -un Déluge de calamités qui soudain s’imposent dans l’ensemble de la nef de l’église néoclassique-.
Malgré la brûlure de cette actualité, il règne une atmosphère apaisée, concentrée, grave. Tout sauf ce que l’on a l’habitude de traverser dans les actualités.
Toguo a ingéré les drames de notre société, et nous les retranscrit transcendés dans une série de quatorze aquarelles inédites. Douze grands carrés (2mx2m), peints dans son atelier parisien, et deux imposants rectangles qui se font face d’un bout à l’autre de l’espace, réalisés sur place.

Talisman
L’artiste, né en 1967 au Cameroun, formé à l’école des Beaux-Arts d’Abidjan confie se sentir « enfin compris, au bout de 30 ans de pratique ». Il explique sa naissance à l’art contemporain, lorsqu’un jour, après avoir effectué « des copies, des copies, et encore des copies, tout cela venait de l’atelier des moulages du Louvre », il a croisé le discours prononcé par Albert Camus à l’obtention de son prix Nobel (décembre 57). Telle une formule magique qui lui aurait révélé la place qu’il devait occuper dans son activité d’artiste, Toguo nous la livre in extenso : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. » Depuis, arpenteur du monde, habitué des biennales internationales, il décline ce talisman au fil d’un présent collectif qui le bouleverse, le révolte et l’inspire.

Troublante transparence
Au centre de l’espace du Carré Sainte-Anne, encadrés par la lumière des aquarelles, 54 cercueils de bois clair, un pour chaque pays d’Afrique, alignés en deux rangées (The Times, installation créée en 2011 pour la Biennale de Lyon). Parmi eux, certains sont plus petits. Glaçant constat. Au centre, le plus réduit d’entre eux, dans son isolement, hurle la violence de ces scènes qui nous hantent depuis des mois. On pense immédiatement à ce petit garçon en tee-shirt rouge, échoué sur une plage turque en septembre dernier. Il est là. Toguo l’a peint, c’est la première toile du parcours. Transposition de la photo qui a fait le tour d’Internet. Introduction de Déluge.
Suivent des toiles où des bleus translucides, du rouge, du noir dominent. Le vert s’impose dans les dernières -Toguo laisse toujours une place à l’espoir-.
Trois soldats brandissent leur arme. La transparence du noir, le brouillage des visages, nous empêchent de saisir si c’est nous qu’ils visent, ou le ciel, neutre, blanc, inoccupé. Les corps nous apparaissent comme des radiographies. C’est leur squelette qu’on devine sous l’uniforme. Plus que menaçants, ils semblent en sursis.
On aurait presque envie de les protéger, de les prévenir : leur mitraillette est finalement dérisoire face à la colère du monde qui gronde.
ANNA ZISMAN
Juillet 2016

Déluge
Carré Sainte-Anne, Espace d’art contemporain, Montpellier
jusqu’au 6 novembre
www.artcontemporain-languedocroussillon.fr

photo : Barthélémy Toguo, exposition Déluge, Carré Sainte-Anne Montpellier © Anna Zisman


Le Carré Sainte-Anne
Espace d’art contemporain de la Ville de Montpellier
Rue Philippy
34000 Montpellier
04 67 60 82 11
www.montpellier.fr