Café Zimmermann en concert

Baroque digéré

Café Zimmermann en concert - Zibeline

Le 15 novembre à la basilique Saint-Victor, l’ensemble Café Zimmermann sortait du Grand Théâtre de Provence après avoir achevé une session d’enregistrements en vue de leur prochain disque. Au concert, les musiciens reprenaient donc le programme capté par les micros les jours précédents : L’Estro armonico de Vivaldi, une fameuse fresque sonore concertante pour cordes. Une chance ! Car il est rare, en effet, qu’on puisse profiter d’une telle qualité, fruit d’un travail encore sur l’établi, précis sur les partitions, où rien n’est laissé au hasard.

Malgré un ré-accord fréquent des instruments du 18ème siècle, en début de concert, du fait de la sensibilité des cordes en boyaux à l’altération de la température et de l’humidité (l’air sec et chaud du GTP contrastait avec la mouillure fraîche de l’abbaye), le résultat fut somptueux ! Après que les musiciens eurent réglé leur archet, la magnificence sonore des tutti, les phrasés virtuoses découpés au scalpel par les solistes ont ravi l’auditoire. Des flèches intimes aux atmosphères nocturnes, dissonances, appoggiatures douloureuses dénichant, au bout de la respiration, leur inéluctable résolution, ont mis au jour un style baroque digéré, élégant, loin de certaines démonstrations hystérico-caricaturales qu’on rencontre parfois dans ces répertoires.
JACQUES FRESCHEL
Novembre 2012