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Massacre des Innocents, le dernier ouvrage de Marc Biancarelli aux éditions Actes Sud

Barbarie

Massacre des Innocents, le dernier ouvrage de Marc Biancarelli aux éditions Actes Sud - Zibeline

4 juin 1629. Le Batavia, un navire marchand hollandais, fait naufrage au large de l’Australie. 250 personnes débarquent sur des îlots dénudés nommés Abrolhos et survivent malgré l’absence d’eau douce, grâce aux barriques de provisions rejetées du bateau, ainsi que de la chasse et de la pêche. La communauté s’organise dans l’attente des secours. Un microcosme à l’équilibre précaire, bientôt rompu par la folie meurtrière de l’intendant adjoint, Jeronymus Cornelisz qui s’érige en tyran sanguinaire. S’en suivent exactions, viols, massacres. Ce tragique épisode de l’histoire coloniale des Provinces-Unies ne sort pas subitement de l’oubli sous la plume de Marc Biancarelli : il a déjà fait l’objet d’ouvrages, L’Archipel des Hérétiques de Mike Dash, pour n’en citer qu’un. Mais ce qui en fait sa spécificité, c’est la façon dont il s’empare du sujet, mêlant fiction et réalité, créant une esthétique propre dans un dialogue perpétuel entre le récit et la peinture néerlandaise du XVIIe siècle. Le titre même du roman est celui d’une toile de Cornelis Van Haarlem à l’origine de la révélation délirante de Jeronymus : Massacre des innocents. Les chapitres portent le nom de « Tableaux » dans lesquels la force iconique précède la narration, la nourrit, l’enchevêtre ; certains peintres de l’époque, comme Torrentius, deviennent des personnages clés de l’histoire. Les scènes de mise à mort et de suppliciés ont une puissance d’évocation terrible. Entre flash-back et huis clos insulaire, une fresque d’hommes et de femmes se dessine, dans un foisonnement de personnages épousant l’univers pictural du roman. Face à l’ignominie, la résistance est incarnée par Weybbe Hayes, ancien soldat, et plus encore par Lucretia Jansdochter qui, maintes fois humiliée, se relève sans cesse et apporte la victoire. Sur fond de Guerre de Trente Ans et de capitalisme cynique, ce thriller historique, d’un profond lyrisme tirant parfois sur le tragi-comique, questionne les conflits religieux, l’appât du gain colonial, et plus largement le caractère tristement universel de la barbarie.

MARION CORDIER
Janvier 2018

Massacre des Innocents, Marc Biancarelli
Éditions Actes Sud, 21 €