«Harlem Quartet» adapté par Élise Vigier et Kevin Keiss

Band de quatreVu par Zibeline

«Harlem Quartet» adapté par Élise Vigier et Kevin Keiss - Zibeline

La langue de James Baldwin est terriblement intense. L’écrivain américain, incontournable figure du combat pour les droits civiques, se servait des mots pour clamer à la fois son identité de Noir, d’homosexuel, d’intellectuel, d’écrivain, en lançant à la bonne société des textes rudes et imagés, d’une redoutable finesse d’analyse. Le film de Raoul Peck, I am not your negro (2017) a contribué à faire redécouvrir l’auteur disparu en 1987. On l’y voit, argumentant, démontrant, devant des assemblées variées, et là encore, son verbe impressionne par tant d’acuité, ses propos par tant de frontalité.

Le monologue introductif de Harlem Quartet, adapté d’un des romans de Baldwin (Just above my head, 1979) par Élise Vigier (mise en scène) et Kevin Keiss (traduction, dramaturgie) plonge d’emblée dans son style et son lexique si particuliers. Jean-Christophe Folly impressionne dans son interprétation de Hall, qui raconte cette journée de 1973, où il a appris la mort de son frère cadet, étendu dans une marre de sang dans les toilettes sordides d’un bar de Londres. Ça percute, la douleur est rêche, on la prend en pleine face. Le moment, les détails qu’il décrit sont incroyables de réalisme -le ton est donné. On s’engage sur le passé du groupe de chant gospel monté par Arthur dans les années 50, leur tournée dans le Sud ségrégationniste, la frustration du ghetto qui se mue en terreur en Alabama. Les quatre jeunes copains traversent les États et les années, il faudra pour certains partir en Corée, il y a aussi l’inquiétante et fascinante Julia (Ludmilla Dabo, magnétique), qui se débat dans son drame familial, la sexualité qui s’impose ; les souvenirs affluent dans le récit de Hall. Élise Vigier mélange les périodes, peut-être pour dynamiser une narration linéaire, soulignant les passages temporels par des changements de décor, certes bien rodés, mais redondants. La vidéo est parfois envahissante, quand le chant est au contraire sacrifié, réduit à la portion congrue. Reste la force des mots, dont la violence, la crudité et la beauté envahissent le plateau, incarnés par des acteurs très convaincants.

ANNA ZISMAN
Février 2020

Harlem Quartet a été joué au Théâtre Molière de Sète les 30 & 31 janvier, et le 17 janvier au Théâtre Les Salins, Martigues

Photo : Harlem Quartet © Tristan Jeanne Vales

Théâtre des Salins
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