Vu par Zibeline

Chronique cettoise*, en direct de Fiest’A Sète

Baloji, le sorcier du futur

Chronique cettoise*, en direct de Fiest’A Sète - Zibeline

Jusqu’au 6 août, Zibeline vous fait vivre, au jour le jour, la 23e édition du festival de musiques du monde de « l’Île singulière »

C’est d’une passion afro-cubaine qu’est née Métisète, association porteuse de l’un des plus réjouissants festivals de musiques du monde en Méditerranée. Née en 1997, Fiesta Latina est devenue quelques années plus tard Fiest’A Sète. Pour mieux embrasser et explorer le vivier musical de la planète et faire découvrir les rythmes ancrés territorialement et les artistes qui puisent, revisitent et exaltent des patrimoines en ébullition. C’est la même passion qui anime, vingt-trois ans après sa mise à l’eau, l’équipe organisatrice. Devenue une référence, la manifestation a gardé son âme et surtout ses valeurs, celles à même de construire un monde plus fraternel, plus égalitaire, émancipé des dominations culturelles comme économiques. Subsiste d’ailleurs, ici, une pratique quasi-artisanale qui peut virer parfois à la maladresse. C’est par exemple, à notre connaissance, le seul festival qui refuse une accréditation globale aux journalistes, leur proposant seulement une invitation pour trois soirées sur les sept que compte le festival. Les quatre autres restant à la charge du média, quel qu’il soit. Y compris pour une structure financièrement fragile comme Zibeline. Contraindre un professionnel à payer pour pouvoir exercer son métier est, à nos yeux, assez contradictoire avec l’idéal progressiste duquel nous nous revendiquons et que nous partageons avec Fiest’A Sète. Mais notre amour des artistes, de la musique et notre conception du journalisme ne sauraient être bridées par des conditions de ce type. Cette conviction prend d’autant plus de sens en présence d’un auteur, compositeur et interprète de l’envergure de Baloji, dont nous a privé un mistral violent la semaine dernière au festival Zik Zac à Aix-en -Provence.

Dans sa présentation, le directeur artistique José Bel a l’inélégance de décréter que ce n’est pas pour l’artiste belgo-congolais mais pour le concert de Calypso Rose – que le public a fait le déplacement. Des propos malheureux rapidement contredits par l’auditoire qui, dès le deuxième morceau, descend en masse des gradins pour remplir la fosse du toujours magique Théâtre de la Mer – Jean Vilar et sa mer Méditerranée en guise de fond de scène. Inclassable et novateur, Baloji se réapproprie les codes de la rumba congolaise transcendée par les cultures urbaines qu’elles soient africaines comme l’afrobeat ou occidentales comme le rap. Roi de la sape et bête de scène, le chanteur installe son univers, enchaînant les personnages au rythme des changements de couvre-chefs. Tour à tour sorcier vaudou dévoué à l’afro-funk ou crooner sensuel et désarticulé en mode électro, il incarne une synthèse afro-européenne résolument tournée vers l’avenir. Son flow rapide et un son qui laisse à désirer rendent parfois difficile la compréhension de textes à l’ironie tranchante ou allégorique. Dans le viseur, la Françafrique de Bolloré, le pillage des ressources du continent africain, le culte des réseaux sociaux ou du micro-crédit, l’économie souterraine et ses petites combines. L’amour charnel aussi. Autour de lui, des musiciens qui mettent la barre haut dont le guitariste de légende Dizzy Mandjeku. Pendant plus d’une heure de groove inflammable, Baloji aura déconstruit bien des clichés. On ne peut malheureusement pas en dire autant que celle qui lui succédera sur scène. Mais de Calypso Rose, nous parlerons demain.

LUDOVIC TOMAS
Août 2019

Baloji s’est produit au Théâtre de la Mer dans le cadre de Fiest’A Sète, le 31 juillet, à Sète.

*Jusqu’en 1927, la commune de Sète s’orthographiait Cette.

Photographie : 31-07-2019 Festival Fiestasete Baloji © X-DR