Retour sur la conférence Je parlerai toutes les langues du monde qui s'est tenue au MuCEM le 18 novembre

Babel ou «l’entre des langues»Vu par Zibeline

• 18 novembre 2013 •
Retour sur la conférence Je parlerai toutes les langues du monde qui s'est tenue au MuCEM le 18 novembre - Zibeline

L’écrivain et traducteur Omar Berrada recevait le 18 novembre le poète plasticien et essayiste Camille de Toledo et l’écrivain et essayiste Abdelfattah Kilito sur le thème Je parlerai toutes les langues du monde. Le sujet s’avère vite complexe, se situant à la fois dans la problématique de la traduction, de l’écriture et du politique. Omar Berrada pose la question des langues dans le domaine de la traduction et de la transmission, relevant la fréquence du verbe «porter» chez ses deux invités. A. Kilito rappelle l’anecdote du retour des restes d’Averroès à Cordoue, transportés sur le bât d’un âne, ils avaient pour exact contrepoids ses œuvres. «Tout récepteur d’une histoire, d’un savoir est a priori un transmetteur -on se charge et on se décharge successivement-.» De Toledo reprend en soulignant à quel point notre époque est celle des commémorations, comme si l’on avait peur de se perdre, ou comme si nous étions chargés d’une culture qui n’arrive pas à abandonner les récits anciens, qui craint que quelque chose de nouveau ne survienne. Il ironise ensuite sur le devenir léger du livre qui passe dans le cloud immatériel de l’informatique. Contre le mythe de l’auteur maître de ses mots, il prône «une école du vertige, qui joue avec ses origines». Puis il insiste sur son rapport polyphonique aux langues, et la conviction que le monolinguisme n’est que l’illusion d’un pouvoir sur le monde. Kilito sourit, «nous parlons toutes les langues grâce à la traduction», et cite Cioran : «Pour un écrivain, changer de langue c’est écrire une lettre d’amour avec un dictionnaire.» De Toledo modalise en interrogeant les dérives de la traduction, «qu’est-ce que l’on nie et qu’est-ce qu’on révèle de l’autre ?». Le statut du traducteur n’est plus alors seulement celui d’un passeur, mais d’explorateur d’un no man’s land dans lequel se construit le texte traduit. Il insiste sur le combat de «l’entre les langues», expliquant combien il est difficile de concevoir un commun polyglotte lorsque la langue fixe le territoire, et se constitue en instrument de pouvoir. Et pourtant, on ne commence à comprendre une langue que lorsque l’on en parle deux ! L’autre existe à partir de la polyphonie. Kilito laissait la conclusion à Proust : «Les plus grands chefs-d’œuvre sont écrits dans une sorte de langue étrangère.»

MARYVONNE COLOMBANI

Décembre 2013

La conférence a eu lieu au MuCEM le 18 novembre

Photos (montage) : Abdelfatah Kilito © X-D.R, Camille de Toledo  © Ghila Krajzman et Omar Berrada © PBOX HOP

 

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