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Babel Med, ou les voix du monde aux Docks des Suds

Babel Med panse le monde

Babel Med, ou les voix du monde aux Docks des Suds - Zibeline

Pour un tour de la planète express de la création musicale et une vision positive de la mondialisation, rien de mieux que de se plonger dans la programmation, toujours pleine de belles surprises, du salon-festival marseillais. Entre le blues funk malien de Bamba Wassoulou Groove, la fusion gnawa de Djmawi Africa ou l’electro-folk de Gallera Social Club, l’arbitrage est difficile.

Après la révélation fado 2015 avec Gisela Joao, Babel Med récidive en présentant cette fois un homme et dans un registre plus classique : Ricardo Ribeiro. Loin d’être une découverte en dépit de son jeune âge, le lisboète a une voix -et l’allure- digne d’un ténor napolitain, confirmant le dynamisme et la qualité de la nouvelle scène fadiste portugaise.

Moment de grâce et de virtuosité avec la rencontre de deux musiciens réputés pour décloisonner leur esthétique initiale. Le contrebassiste jazz Renaud Garcia-Fons et le pianiste flamenco Dorantes tissent un dialogue délicatement emporté aux rondeurs latines.

Quant au duo de l’Arménien Vardan Hovanissian et du Turc Emre Gültekin, il scelle une réconciliation hautement symbolique qui révèle une parfaite harmonie entre le doudouk (hautbois traditionnel arménien) et le saz, luth des bardes asiks. Un parfum d’Orient si proche, mélancolique et envoûtant.

Restons en Turquie avec Baba Zula qu’à défaut de découvrir, on ne se lasse pas d’entendre. Le groupe culte stambouliote, oscillant entre dub, rock et électro, restent fidèles à l’image effervescente de leur ville.

Alors que l’édition précédente du festival avait été marquée par le post-rock coréen de Jambinai, Korea Percussion Duo Bud, parvient à des sonorités tout aussi contemporaines et novatrices avec leurs seuls instruments traditionnels : le yanggum (de la famille des cithares de table) et le janggu (tambour en forme de sablier). Assises mais exaltées, les deux musiciennes créent une atmosphère tribale de transe.

La musique de Tigana Santana est plutôt propice à l’apaisement. De son origine brésilienne, le chanteur guitariste explore les racines africaines. Voix douce et légère à l’image des ses ballades, il déflore chacun de ses morceaux comme un secret.

Saodaj, c’est la Réunion nouvelle génération, un Maloya protéiforme aux couleurs multiples qui a donné le tournis à la salle des Sucres. Au son de la belle voix cristalline de la charismatique Marie Lanfroy, la modernité a su sans encombre trouver sa place à côté de la tradition, elle-même nourrie d’influences d’Afrique de l’ouest et australes. Un métissage syncrétique abouti et vivifiant, bien loin des préjugés sur la « musique des iles ». Il fallait ensuite oser pousser les portes du Cabaret pour déguster Turbo Sans Visa, une sono planétaire plus inattendue et incandescente que jamais. Réunir la Bretagne et les Balkans, il fallait y penser. DJ Wonderbraz l’a fait, bien aidé par Erik Marchand et ses textes en breton, sans oublier les envolées psyché de Gurvan Le Gac à la flûte traversière. Pas très rationnel ce ménage à plusieurs, qui pourtant fonctionne très bien, convoquant pour ne rien arranger tant le Maghreb que l’Afrique noire ! Sur cette route aux multiples embardées, on pourrait franchement y perdre son latin. Grâce au talent des artistes et leurs connaissances des mondes explorés, il n’en est rien.

N’oublions pas non plus les prestations remarquées des artistes régionaux comme Sirventés, Temenik Electric (doublement primé pendant le festival),  Med.

FRÉDÉRIC ISOLETTA et THOMAS DALICANTE

Avril 2016

Babel Med Music a eu lieu les 16, 17 et 18 mars au Dock des Suds, à Marseille

Photographie © José de Holanda


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