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Les coups de cœur de Zibeline à Babel Med Music

Babel Med, l’adoubement populaire

Les coups de cœur de Zibeline à Babel Med Music - Zibeline

16 000 spectateurs ont envahi les 4 espaces pour découvrir 36 formations issues de 45 pays

La 9e édition du forum marseillais des musiques du monde confirme la curiosité d’un public grandissant. À se demander si Babel Med Music ne serait pas en train de devenir une deuxième Fiesta des Suds. Nos coups de cœur.

Mashrou’ Leila. Au-delà d’un charisme déroutant, le leader de ce groupe libanais invente un rock indie qui assume les influences occidentales (jazz, blues, funk) d’une jeunesse proche-orientale habitée par la soif de vivre et la révolte. À suivre.

Baloji. Ce Congolais de Belgique, tantôt crooner tantôt slameur, a ensorcelé le public avec sa rumba congolaise aux accents afro-funk, hip-hop et soul. Le mélange de likembés, balafons et guitares électriques crée un univers spatio-temporel indéfini.

Ablaye Cissoko et Volker Goetze. L’un à la kora, l’autre à la trompette, ce mariage afro-européen entre free jazz et musique mandingue est un dialogue de sonorités, tout en murmures.

Taksim trio. Sur des bases très traditionnelles, la clarinette de Hüsnü Senlendirici, accompagnée d’un quanûn et d’un luth baglama use avec grâce d’improvisations flirtant avec le jazz, et nous rappelle la nature hybride d’une Turquie refusant de choisir entre Orient et Occident.

Mohammad Motamedi. Bercé par la musique savante persane, ce jeune prodige iranien renouvelle la tradition millénaire du radif qu’il chante avec modernité et exaltation.

Mariem Hassan. Une voix envoûtante, un engagement -celui de la lutte pour l’indépendance du Sahara Occidental-, cette chanteuse de blues mandingue émeut par le lancinement de ses complaintes partagées entre joie et déchirement.

Coetus. Emmené par Eliseo Parra, ce grand orchestre de percussions ibériques (panderos cuadrados, cajas, tamboris, pandereta, tabal, chicoten) donne vie une à un patrimoine musical espagnol inédit en réunissant dans une même formation des instruments traditionnels de régions différentes habituellement utilisés de manière séparée.

The Alaev Family. Trois générations de musiciens qui font vivre la culture tadjik en Israël. Une musique frénétique sous forme d’éloge de la fête qui met en évidence le lien entre les sonorités ottomane, indienne et tsigane.

Tiloun / Gren Seme. En programmant deux groupes de La Réunion, Babel Med a pris le pari de montrer la mutation en cours dans ce coin de l’Océan Indien. Imprégnés de maloya, épuré pour l’un, évolutif pour l’autre, Tiloun et Gren Seme se rejoignent sur la prise en compte des problématiques de la société réunionnaise d’aujourd’hui.

Wanlov and the Afro Gypsy Band. Si, musicalement, le résultat n’est pas convaincant, le concept est assez inédit. Né d’une mère roumaine et d’un père ghanéen, le très «looké» Wanlov et son african gypsy music assemblent hip‐life (son ghanéen mêlant highlife, rap et dance hall), tambours africains et violons de Transylvanie. Une audace qui lui a valu le prix Mondomix 2013.

Hoba Hoba Spirit. Ceux que l’on surnomme les «Clash marocain» pour leur verve contestataire sévissent depuis une quinzaine d’années. Bêtes de scène, les Hoba Hoba associent rock, sonorités urbaines et ganouis, français, arabe et anglais.

Les créations Watt. Propositions de MP2013, ces résidences nous auront laissés sur notre faim. Explorant des pistes certes intéressantes (particulièrement les cuivres et beatboxers de «Watt a nine brass room» et la transe urbaine de «Wilaya 49»), les projets entre artistes marseillais et d’autres rivages de la Méditerranée se sont révélés inaboutis.

THOMAS DALICANTE
Avril 2013

Babel Med Music a eu lieu du 21 au 23 mars au Dock des Suds, Marseille