T’es cap Canaille, le nouveau festival de Cassis dans le « Ven »

Avoir confiance en l’autreVu par Zibeline

T’es cap Canaille, le nouveau festival de Cassis dans le « Ven » - Zibeline

La première édition du festival de cirque T’es Cap Canaille organisé à Cassis par le Syndikat des Mômes, mené avec passion par Magali Braconnot, a su d’emblée trouver son public, sans doute grâce à son implication dans la transmission (un travail préparatoire d’initiation avait été mené durant toute la semaine dans les écoles, la crèche et la bibliothèque, précédant le week-end des festivités). En ouverture, sur l’esplanade du port de Cassis, la Cie Si Seulement présentait son spectacle Ven, qui signifie « viens » en espagnol mais aussi « ils/elles voient ». L’ambiguïté du titre autorise ainsi un parcours composé comme un poème symphonique, la fin renvoyant au thème initial : le personnage masculin (Hugo Ragetly) de l’incipit est aveugle et se laisse guider par le personnage féminin (Maria del Mar Reyes) qui agite doucement une balle sonore. La sortie de scène verra le personnage féminin aux yeux clos partir en suivant les sons de cette même balle tenue par le personnage masculin qui a recouvré la vue au fil du spectacle. La circassienne propose de superbes équilibres, éclosions naturelles au fil d’un pas, d’une expression, dans un cheminement qui tient du mime et de la danse, puis invite son comparse aveugle à découvrir le jonglage : le corps devient le lieu où les balles trouvent leur poids et leur ancrage, sur le front, les tempes, les bras, maintenues comme par des fils invisibles avant de s’élancer en géographies étonnantes par deux, trois, quatre, croisements, effets de surprise… l’équilibriste, perchée sur le mât chinois laisse tomber une balle à l’opposé de son partenaire qui la rattrape avec une aisance confondante… tout est naturel ! Les corps se trouvent, les pieds s’épousent en une même allure, arpentent l’espace en un pas-de-deux complice. Le mât chinois les appelle dans ses vertigineuses possibilités, la danse se poursuit, aérienne, les artistes se jouent des lois de la gravité, se meuvent en des acrobaties poétiques et invraisemblables, étonnent et enthousiasment. Quelle confiance immense en l’autre pour se risquer ainsi, tel un aveugle, pour se laisser guider par l’autre… notre rapport au monde en est bouleversé, l’altérité en devient la composante essentielle. Cette première création de la toute jeune compagnie née en 2019 (avec le regard d’Emmanuelle Pépin, danseuse et chorégraphe) conjugue avec intelligence les langages scéniques, la musique devient un personnage qui accompagne les artistes, la danse s’immisce dans l’occupation de la scène et les acrobaties circassiennes y prennent un sens profondément humain.

Et c’est bien aussi le propos du Syndikat des Mômes.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2021

Le 23 octobre, Cassis

Photographie © MC